‹ Dramaturgie de HambourgChapitre 174 sur 226 · DE LA FORME DE LA TRAGÉDIE · texte numérisé non relu

DE LA FORME DE LA TRAGÉDIE

les traducteurs en présence de cette lacune? L'un fait un détour prudent; l'autre la comble, mais seulement avec des mots. Tous n'y voient qu'une construction négligée, qu'ils ne se croient pas obligés de conserver, pourvu qu'ils rendent le sens du philosophe. Dacier traduit : « D'une action..., qui, sans le secours de la narration, pai le moyen de la compassion et de la terreur, etc.; » et Gurtius^ : « Une action qui, — non pas au moyen d'un récit que fait le poëte, — mais [par la représentation de l'action ellemême], nous purge, par la terreur et la pitié, de ce qu'il y a de vicieux dans les passions représentées. » Oh! trèsbien! L'un et l'autre disent ce qu'Aristote veut dire; seulement ils ne le disent pas comme lui. Cependant ce « comment )) n'est pas non plus sans importance; car, en. réalité, ce n'est pas simplement une construction négligée. En un mot, voici le fait : Aristote avait vu que la pitié exige nécessairement un mal présent; que nous ne saurions nous apitoyer sur un mal depuis longtemps passé, ou prévu dans un avenir lointain, comme sur un mal qui est devant nos yeux; que par conséquent il faut de toute nécessité imiter l'action destinée à éveiller la pitié, non pas comme passée, c'est-à-dire, dans la forme narrative, mais comme présente, c'est-à-dire, dans la forme dramatique. Et puisque notre pitié n'est guère ou n'est pas du tout excitée par la narration, et l'est presque exclusivement par le spectacle présent, cette seule vérité autorisait Aristote, dans sa définition, à mettre la chose elle-même à la place de la forme, parce que cette chose n'est capable que de cette seule forme. S'il avait cru que la pitié pût être excitée aussi par la narration, il aurait fait un saut brusque et très-blâmable en écrivant : « Non pas au moyen du récit, mais au moyen

parties de Tantithèse sur laquelle Lessing raisonne , on a reconnu depuis que de bons manuscrits ne le donnent pas. Le sens indique d'ailleurs clairement qu'il est de trop. Ainsi tout ce raisonnement de notre auteur repose sur un mauvais texte : et il fallait qu'il eût l'esprit bien prévenu pour ne pas apercevoir la rectification qu'il y avait lieu de faire dans le texte. Cependant il y a ici des observations bonnes à recueillir. (TVad.)

1 . Nous retraduisons ici littéralement la traduction allemande. (Tra4.)

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de !a pitié cl de la crainle; d mais coimne il était persuadé que la pitié et la crainte, dans l'imitation poétique^ ne peuvent être excitées qu'au moyen de la forme dramatique, il pouvait se permettre cette brusquerie, dans l'intérêt de la brièvpié. Je renvoie pour cela au chapitre ix du livre II de la Rkéioriqne \

Enfin, pour ce qui concerne le but moral qu'Aristote assigne à la tragédie, et- qu'il a cru devoir comprendre dans sa définition, on sait combien de discussions se sont élevées là-dessus, particulièrement dans ces derniers temps. Je me fais fort de montrer que ceux qui ont blâmé Aristote sur ce point, ne Tout pas compris. Ils lui ont prêté leurs propres pensées, avant de savoir bien quelles étaient les siennes. Ils combattent des chimères dont ils sont euxmêmes obsédés, et se flattent de réfuter victorieusement le philosophe, lorsqu'ils terrassent les fantômes de leur propre cerveau. Je ne saurais m'étendre ici sur cette question; mais pour ne pas avoir l'air de parler tout à fait sans preuves, je veux faire deux remarques.

1. Us font dire à Aristote : « La tragédie doit nous purger, par la terreur et la pitié, de ce qu'il y a de vicieux dans les passions représentées. » — Représentées? Ainsi, quand le héros devient malheureux par l'effet de la curiosité, de l'ambition, de l'amour ou de la colère, c'est notre curiosité, notre ambition, notre amour, notre colère, que la tragédie doit purger? Gela n'est jamais venu à l'esprit d'Arislotel Et ainsi, ces messieurs ont la partie belle : leur imagination transforme des moulins à vent en géants; ils prennent leur élan, dans la ferme espérance de remporter la victoire; et ils ne se retournent pas pour écouter quel-

1 . L'auteur cite ici un texte d'Âristote,dont -voici la traduction : « Les malheursque nous voyons de près nous touchent, tandis que les malheurs passés ou futurs, dont nous sommes séparés par un -grand nombre d'années, n'«icitent point on excitent moins notre pitié, parce que nous ne craignons pas l'arrivée des uns, et que notifl avons perdu le souT«nir des -auEtres. II suit de là que nous sommes piusémus de pitié quand lOn représente l'infortUBe devant uous par le gt«te, la voir^ le eostume, •ea un mot, par t'imitotion théâtrale. » (Ttad. de M. Bonafout. — Ce passage est au chap. viii, et non au chap. ix du liv.Ude iaJSàat.d'Acifr» tote. {Trmd,)

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