‹ Dramaturgie de HambourgChapitre 182 sur 226 · Poéiiq%Ae d'AHttoU, ch. vi, rem. 8'. {TJote de Vauteur · texte numérisé non relu

Poéiiq%Ae d'AHttoU, ch. vi, rem. 8'. {TJote de Vauteur

380 QUARANTE-HUITlèMH SOIRÉE.

« Un tel succès excjte plu5 d'indignation et de haine contre celui qui fait souffrir que de pitié pour celui qui souffre, et ainsi ce sentiment, qui n'est pas le propre de la tragédie, à moins que d'être bien ménagé, peut étouffer celui qu'elle doit produire, et laisser l'auditeur mécontent par la colère qu'il remporte, et qui se mêle à la compassion qui lui plairoit s'il la remportoit seule '. »

— Mais, dit Corneille en se retournant (car il faut toujours qu'il se retourne avec un mais) —

« Mais quand cette raison cesse, en sorte qu'un homme de bien qui souffre excite plus de pitié pour lui que d'indignation contre celui qui le fait souffrir ; »

— alors?... — oh! alors, dit Corneille,

a J'estime qu'il ne faut point faire de difficulté d'exposer sur la scène des hommes très-vertueux dans le malheur. »

Je ne comprends pas commenton peut combattre ainsi un philosophe en le défigurant ouvertement; commenton peut se donner l'air de le comprendre, quand on lui fait dire des choses auxquelles il n*a jamais pensé.

« Le malheur tout à fait immérité d'un homme vertueux, dit Aristote, n'est pas un sujet pour la tragédie; car cela est abominable. »

De ce car, Corneille fait toutes les fois que; de la cause, il fait une condition, par Teffet de laquelle ce sujet cesse d'être tragique. Aristote dit : Cela est absolument abominable, et par conséquent cela n est pas tragique. Mais Corneille dit : Cela n'est pas tragique, toutes les fois que cola est abominable. Aristote trouve l'horrible dans ce genre même de malheur; Corneille le place dans l'indignation que ce malheur excite contre celui qui en est l'auteur. Il

i. Second discours ntr la Tragédie. (Trad.)

CORNEILLE ET ARlSTOTÉ. 381

ne voit pas, ou ne veut pas voir que Thorreur que cela excite est autre chose que l'indignation dont il parle; que lors même qu'on ôlerait cette indignation, l'horreur dont il s'agit subsisterait tout entière. Mais il lui suffit qu'au moyen de ce quiproquo diff^érents passages de ses pièces paraissent justifiés; il consent si peu à reconnaître qu'il y a violé les règles d'Aristote, qu'il ose bien s'imaginer qu'Aristote aurait remanié ses règles d'après ses pièces à lui, Corneille, s'il les avait connues; et qu'il aurait pu en tirer trois manières suivant lesquelles le malheur d'un homme tout à fait vertueux peut devenir un sujet tragique.

(( En voici, dit-il, deux ou trois manières que peut-être Aristote n'a su prévoir, parce qu'on n'en voyoit pas d'exemples sur les théâtres de son temps*. ^)

Et de qui sont ces exemples? De quel autre que de luimême? Et quelles sont ces deux ou trois manières? Ce ne sera pas long à voir :

« La première est quand un- homme très-vertueux est persécuté par un très-méchant, et qu'il échappe du péril où le méchant demeure enveloppé, comme dans Rodogtme et dans Héravliusy qu'on n'auroit pu souffrir si Antiochus et Rodogune eussent péri dans la première, et Hérachus, Pulchérie et Martian dans l'autre, et que Cléopâtre et Phocas y eussent triomphé. Leur malheur y donne une pitié qui n'est point étouffée par l'aversion qu'on a pour ceux qui les tyrannisent, parce qu'on espère toujours que quelque heureuse révolution les empêchera de succomber. »

Eh quoi! Corneille nous fera croire qu Arîstote n'a pas connu cette manière! Il l'a si bien connue, qu'il Ta, sinon repoussée entièrement, du moins expressément déclarée plus convenable à la comédie qu'à la tragédie. Comment Corneille pouvait-il l'avoir oublié? Mais c'est ce qui arrive à tous ceux qui confondent d'avance leur cause avec celle

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