Cité en français dans le texte. (Trad
386 QUARANTB-HUITlèME SOIRÉE. .
tateurs que le talent de mentir ainsi est un vice dont les sots ne sont point capables, m
En vérité, il n'était pas possible de trouver une idée plus malencontreuse ! Suivez-hi dans la pratique, et c'en est fait de toute vérité, de toute illusion, de toute utilité morale de la tragédie! Car la vertu, qui est toujours modeste et simple, deviendra, grâce à ce caractère brillant, quelque chose de vain et de romanesque; et quant au rice, il sera revêtu d'un vernis qui ne peut que nous éblouir, à quelque point de vue que nous nous placions. Quelle folie de prétendre nous détourner du vice par le tableau de ses conséquences funestes, tandis qu'on nous cache la laideur du vice en lui-même! Les suites dépendent du hasard; et l'expérience nous apprend qu'elles peuvent être aussi souvent heureuses que malheureuses. Cette opinion se rapporte à la purgation des passions, telle que Corneille se l'imaginait. Mais, comme je me la représente comme Aristote l'a enseignée, elle n'a rien de commun avec cet éclat trompeur. Le clinquant dont le vice se trouve ainsi revêtu fait que je vois des perfections où il n'y en a pas, et que j'éprouve de la compassion là où il n'y a pas lieu.
Dacier, il est vrai, a déjà réfuté cette interprétation, mais sur des raisons peu satisfaisantes; et il ne s'en faut guère que celle' qu'il adopte avec le Père Le Bossu soit tout aussi dangereuse, au moins pour le mérite poétique de la tragédie. Ainsi, il prétend que cette expression : u Les mœurs doivent être bonnes, » ne signifie rien de plus que ceci, qu'elles doivent être « bien marquées^. » C'est là sans doute une règle qui, si elle est bien entendue, et à sa place, est digne de toute l'attention du poète tragique. Mais malheureusement les modèles français montrent qu'on a pris « bien marquées » pour « fortement marquées. » On a surchargé l'expression, on a ajouté trait