En français dans le texte. {Trad
L'AVEDGLE CLAIRVOYANT. 389
veuve dont il est amoureux. Tout à coup, il reçoit Tordre de rejoindre Tarmée. Il abandonne sa promise, après des protestations réciproques de tendresse et de fidélité. Mais à peine est-il parti, que la veuve accueille les hommages du fils de l'officier. La sœur du jeune homme met également à profit Tabsence de son père, et reçoit chez elle son amoureux. Cette double intrigue est rapportée au père, qui, pour s'en assurer, leur fait écrire qu'il a perdu la vue. La ruse réussit : il revient à Paris, et avec l'aide d'un serviteur qu'il a mis dans la confidence, il voit tout ce qui se passe dans sa maison. On entrevoit le dénoûment. L'officier, ne pouvant plus douter de l'infidélité de la veuve, permet à son fils de l'épouser, et il autorise de même sa fille à épouser son amoureux. Les scènes entre la veuve et le fils de l'officier en présence de celui-ci sont très-comiques. La veuve assure que le malheur de l'officier lui va droit au cœur; qu'elle ne l'en aime pas moins; et en même temps, elle adresse au fils, son amant, un coup d'œil ou des gestes de tendresse.
Tel est le fond de la pièce de de Brosse * ; et c'est aussi celui de la pièce de Le Grand. Seulement, dans la dernière, l'intrigue de la fille a été supprimée pour réduire plus aisément les cinq actes en un seul. Le père est devenu un oncle, et d'autres petits changements du même genre ont été faits. Enfin, telle qu'elle est, la pièce plaît beaucoup. La traduction est en vers, et c'est peut-être une des meilleures que nous ayons; elle est du moins très-coulante, et il s'y trouve beaucoup de vers plaisants.
CINQUANTE ET UNIÈME SOIRÉE. - Le Père de Famille, de Diderot.- Succèb de cette pièce en Allemagne. Critique du thi^âtre français par Diderot : la Bijoux indiscrets. Critique du Théâtre de Diderot, par Palissot. Poétique de Diderot. Des conditions substituées aux caractères ; des caractères coulrastés. Si les caractères comiques et tragiques doivent être particuliers ou généraux.
I. Histoire du Théâtre françois, t. VII, p. 226. (Note de l'auteur.)
De Térence et de Méaandre. Opinion d'Arittoté tor les earactères dramatiques : Dacier et Curtius. Donat : des noms des personnages dans la comédie. Hurd, commentateur d'Horace. Ben Johnson et l'humour anglais. Electre dans Euripide et dans Sophocle. Si Hurd et Diderot s'accordent avec Aristote. fer* menta cognitionis.
(n*» lxxxiv, 19 février 1768). — Le cinquante et unième soir (lundi, 27 juillet), on a représenté le Père de famille, de Diderot.
Cette excellente pièce, qui ne plaît que modérément aux Français (du moins c'est à grand'peine qu'on a pu la jouer une fois ou deux sur le théâtre à Paris), se maintiendra, selon toute apparence, longtemps, très-longtemps — et pourquoi pas toujours? — sur les scènes allemandes; et Ton ne trouvera jamais qu'elle y soit jouée trop souvent. J'espère donc que ni l'espace ni les occasions ne me manqueront pour exposer toutes les remarques que j'ai faites successivement tant sur la pièce elle-même que sur l'ensemble du système dramatique de l'auteur.
Je ne crains pas de remonter haut. Diderot, bien avant le Fils naturel et les Entretiens qui parurent en même temps en J757, avait témoigné qu'il n'était pas content du théâtre de son pays. Bien des années auparavant, il avait laissé voir qu'il n'en avait pas cette haute idée dont ses compatriotes sont infatués, et que l'Europe se laisse imposer par eux. Mais il a exprimé son opinion dans un livre où l'on ne cherche pas, à vrai dire, de pareilles idées; dans un livre où le ton du persiflage règne à tel point, que la plupart des lecteurs n'y voient que bouffonnerie et sarcasme, même quand la saine raison y prend la parole. Sans doute Diderot avait ses raisons pour produire ses opinions secrètes dans un pareil livre plutôt que dans tout autre : un homme prudent dit souvent en riant d'abord ce qu'il veut redire après sérieuseoient.
Ce livre s'appelle les Bijoux indiscrets, et aujourd'hui Diderot le renie. Il fait très-bien de le renier, et cependant il Ta écrit, et il faut bien qu'il l'ait écrit, s'il ne veut pas passer pour un plagiaire. Il est certain qu'il n'a pu être