‹ Dramaturgie de HambourgChapitre 199 sur 226 · ARISTOTE SUR LES CARACTERES. 4M · texte numérisé non relu

ARISTOTE SUR LES CARACTERES. 4M

dans leurs remarques sur ce passage, Dacier et lui ne font qu'un : ce que l*un dit, l'autre le répète. Ils expliquent tous deux ce que c'est que le général; ils disent tous deux que le général est l'objet de la poésie; mais comment la poésie vise au général en donnant les noms, c'est ce dont ils ne disent mot ni l'un ni l'autre. Ou plutôt le Français, par son « lors même, » ainsi que l'Allemand, par sa traduction identique, prouve qu'il n'en a su que dire et qu'il n'a nullement compris ce qu'Aristote voulait dire. Car tous deux, avec ce « lors même, » font dire à Aristote que, bien que la poésie donne à ses personnages des noms d'individus, elle se propose, non pas ce qu'il y a de particulier dans ces individus, mais ce qui s'y trouve de général. Les paroles de Dacier, que je cite en note, le montrent clairement^. Sans doute, cela ne fait pas un sens absolument faux; mais ce n'est pas là non plus toute la pensée d'Aristole. Il ne dit pas seulement que la poésie peut tendre au général en dépit des noms empruntés à des individus; il dit que c'est par ces noms mêmes qu'elle tend au général, qui est son but^. J'étais donc en droit de dire que

1 . ■ Aristote prévient une objection qu'on pouYoit lui Taire sur la définition qu'il vient de donner d'une chose générale; car les ignorants n'auroient pas manqué de lui dire qu'Homère, par exemple, n'a point en vue d'écrire une action générale et universelle, mais une action particulière, puisqu'il raconte cequ^ontfaitde certains hommes, comme Achille , Agamenmon , Ulysse , etc., et que , par conséquent, il n'y a aucune difTérence entre Homère et un historien qui auroit écrit les actions d'Achille. Le Philosophe va au devant de cette objection, en faisant voir que les poètes, c*estrà-dire les auteurs d'une trngédie ou d'un poëme épique, lors même qu'ils imposent les noms à leurs personnages, ne pensent en aucune manière à les faire parler véritablement, ce qu'ils seroient obligés de faire s'ils écrivoient les actions particulières et véritables d'un certain homme nommé Achille ou OEdipe ; mais qu'ils se proposent de les faire parler et agir nécessairement ou vraisemblablement, c'est-à-dire de leur faire dire et faire tout ce que les hommes de ce même caractère dévoient faire et dire en cet état, ou par nécessité ou au moins selon les règles de la vraisemblance ; ce qui prouve incontestablement que ce sont des actions générales et universelles. •

M. Curlius ne dit rien autre chose dans sa remarque; seulement il a voulu encore montrer ce que c'était que le général et le particulier par des exemples, qui malheureusement ne prouvent pas aussi bien quMl ait entendu le fond des choses. Car, d'après ces exemples, ce ne serait que des caractères personnifiés que le poëte ferait agir et parler ; tandis que ce doivent être des personnes avec un caractère. {Note de l'auteur.)

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