‹ Dramaturgie de HambourgChapitre 203 sur 226 · DES NOMS HISTORIQUES · texte numérisé non relu

DES NOMS HISTORIQUES

nom de Socrale uniquement parce que Socrate était connu et qu'on voulait le faire connaître encore davantage pour un trompeur et un séducteur de ce genre; de même que le poëte s'était déterminé dans le choix de ce nom uniquement par l'idée de la profession et du caractère qu'on associait et qu'il voulait qu'on associât davantage encore au nom de Socrate : de même la cause qui fait que le poëte tragique donne à ses personnages les noms de Caton, de Régulus et de Brutus, est simplement l'idée du caractère que nous avons l'habitude de joindre à ces noms-là. Si le poëte introduit sur la scène un Régulus, un Brutus, ce n'est pas pour nous faire connaître les aventures réelles de ces personnages; ce n'est pas pour en rajeunir la mémoire; mais pour nous entretenir des aventures qui peuvent et doivent arriver à des hommes de ce caractère en général. Il est bien vrai que c'est de l'histoire réelle de leur vie que nous avons déduit leur caractère; mais il ne s'ensuit pas que leur caractère nous ramènerait aussi nécessairement aux faits de leur vie : il peut très-souvent nous conduire par une voie beaucoup plus courte et plus naturelle à des faits tout différents, avec lesquels les faits réels n'ont rien de commun, si ce n'est d'être sortis de la même source : mais depuis, ils ont fait comme un ruisseau qui forme des méandres inextricables et coule sur des terrains où la transparence.de ses eaux s'altère. Dans ce cas, le poëte préférera décidément aux faits réels ceux que son imagination lui a présentés; mais il n'en laissera pas moins aux personnages leur nom véritable. Et cela par deux raisons : d'abord, parce que nous sommes déjà accoutumés à concevoir sous ces noms un caractère tel qne celui qu'il nous représente dans sa généralité; ensuite parce que des noms réels semblent impliquer aussi des événements réels, et que tout ce qui est arrivé est plus croyable que ce qui n'est pas arrivé. La première raison découle de la suite des idées d'Aristote prises dans leur ensemble; elle est au fond des choses, et Aristote n'avait pas besoin de s'y arrêter plus longtemps ; mais il s'est

arrêté sur la seconde, comme sur une raison subsidiaire et venue d'une autre source. Mais celle-ci ne se trouve pas maintenant sur mon chemin, et Les commentateurs en général l'ont moins mal entendue que la première.

Et maintenant, pour revenir à l'assertion de Diderot : si je puis me flatter d'avoir bien interprété la doctrine d'Aristote, je puis me flatter aussi d'avoir prouvé par mon interprétation que la chose en elle-même ne saurait être autre-ment qu'Aristote ne l'enseigne. Les caractères, dans la tragédie, doivent être tout aussi généraux que dans la comédie. La distinction que fait Diderot est fausse; ou il faut qu'il ait entendu tout autre chose qu'Aristote en parlant de la généralité d'un caractère.

(n° xcii, 18 mars 1768). — Et pourquoi la seconde supposition ne serait-elle pas la vraie? Jâ trouve du moins un second critique, excellent aussi, qui s'exprime presque coipme Diderot; qui parait, à peu près comme lui, contredire Aristote, et qui cependant le contredit si peu, que nul critique, à. mon avis, n'a répandu plus de lumière sur ce sujet.

C'est le commentateur anglaisde Y Art poétique d'Horace, Hurd, un de ces écrivains qu'on me s'empresse guère de nous faire connaître par des traductions. Mais si je fais ici son éloge, ce n'est pas pour qu'on se hâte de le traduire. S'il ne s'est pas encore trouvé un Allemand capable de cetravail, peut-être n'y aurait-il pas non plus chez nous beaucoup de personnes capables de le lire. Ainsi, que nos gens d'études, traducteurs zélés, ne se hâtent pas trop de voir dans mes paroles un signal adressé à leur plume toujours prête.

Hurd a joint à son commentaire une dissertation sur les différents domaines du drame. Il croyait avoir remarqué que jusqu'alors on ne s'était soucié que des lois générales de ce genre poétique, sans fixer les limites de ses différentes espèces. Et cependant ceci était nécessaire pour juger équitablement des mérites propres à chacune de ces espèces. Il commence donc par déterminer l'objet du drame

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