DES CARACTERES TRAGIQUES ET COMIQUES
eu général et ceux de ses trois espèces, la tragédie, la comédie, et la farce : ce sont les espèces qui se présentent à nos yeux. Ensuite il déduit de cet objet général et de ces objets pajrticuliers les qualités qui sont communes à toutes les espèces et celles qui les distinguent entre elles.
Relativement à la comédie et à la tragédie, il trouvexette différence entre autres, qu'une aventure vraie va mieux à la' tragédie et une supposée à la comédie. Puis il continue :
« Ces deux genres dramatiques montrent la même différence de génie dans le dessein de leurs caractères. La comédie présente'toujours des caractères généraux; la tragédie, des caractères' particuliers, h' Avare de Molière n'est pas tant la peinture d'un homme convoiteux que de la convoitise même. D'autre part, le Néron de Racine n'est pas la peinture de la cruauté, mais d'un homme cruels »
Le raisonnement de Hurd paraît être le suivant. Si la tragédie demande une aventure vraie, il faut aussi que ses caractères soient vrais, c'est-à-dire, qu'ils soient conçus tels qu'ils existent réellement dans les individus; si au contraire la comédie peut se contenter d'aventures imaginées,, si ses combinaisons Vraisemblables, où. les caractères pcu'vent se montrer sous toutes leurs faces, sont préférables h des aventares vraies-, qui ne leur offrent pas un jeu aussi libre, il s'ensuit que ses caractères peuvent et doivent être plus généraux qu'ils ne se trouvent dans la nature; au point de vue de la généralité même, notre imagination communique aux choses une sorte d'existence qui est à l'existence réelle du particulier comme le vraisemblable est au vrai.
Je ne veux pas rechercher pour le moment si cette manière de raisonner n'est pas un cercle vicieux : je veux accepter la conclusion telle qu'elle se présente, en opposition apparente avec la doctrine d'Aristote. Mais, comme je
1 . Ce pasMge est cité en aoglaift dans le teste, puis traduit en allemand par Fauteur. {TnuL)
Tai dit, ce n'est qu'une apparence, ainsi que le prouve la suite des explications deHurd.
« Il sera bon, dit-il, de prévenir une double erreur, que le principe énoncé ici pourrait favoriser en apparence.
« La première concerne la tragédie. J'ai dit qu'elle expose des caractères particuliers. J'entends par là qu'ils sont plus particuliers que ceux de la comédie. Cela signifié que le dessein de la tragédie ne demande ni ne permet que le poète rassemble autant de ces traits caractéristiques propres à peindre les mœurs, que le fait la comédie. Car, dans la tragédie, on ne montre du caractère que ce qui est nécessaire au développement de l'action. Dans la comédie au contraire, on recherche et l'on représente tous les traits qui distinguent ordinairement le caractère.
« C'est à peu près comme dans la peinture de portraits. Quand un grand maître se propose de peindre une physionomie individuelle, il reproduit tous les linéaments qu'il trouve dans son modèle, et ne cherche la ressemblance avec les physionomies du même genre qu'autant qu'il peut le faire sans altérer en rien les traits individuels. Mais si le même artiste se propose de peindre une tête d'étude, il cherche à y rassembler tous les traits, tous les moyens d'expression qu'il a remarques dans des têtes de même genre, et qui lui ont paru les plus propres à rendre l'idée qu'il a dans l'esprit et qu'il veut représenter.
(( Telle est la différence qu'on observe dans les peintures des deux genres dramatiques. On voit donc que quand j'appelle particulier le caractère tragique, je veux dire seulement qu'il représente moins que le caractère comique l'espèce à laquelle il appartient; et non pas que la partie du caractère, quelle qu'elle soit, qu'on juge bon de montrer, ne doit pas être dessinée en vue de la généralité : car j'ai soutenu et développé précisément le contraire dans un autre endroit*.
i . À propos de ces vers de VArt poétique d'Horace :
Respicere exemplar vitœ morumquejubebo Doctum imitatorem, et veras hinc ducere voces;
où le commentateur montre que -la vérité dont Horace parle ici doit s'entendre