DU DÉNOUMENT DES ADELPHES
faire faire aux autres de vrais excès et de vraies folies; il fait le libéral, mais aux dépens de la bourse de son frère, et non de la sienne; il le ruinerait volontiers d*un coup, pour se donner le malin plaisir de pouvoir lui dire à la fin : « Vois maintenant ce que ton bon cœur te rapporte! » Tant que l'honnête Micion n'y est que de son argent, celte méchante plaisanterie ne nous déplaît pas trop. Mais voici que le traître se met en tête de marier cet aimable célibataire avec une vieille petite mère toute décrépite. L'idée, en elle-même nous fait rire d'abord; mais quand nous voyons enfin que cela devient sérieux; que Micion se laisse réellement passer autour du cou ce nœud coulant, qu'il lui était si facile d'écarter par un seul mouvement sérieux; en vérité, nous ne savons plus guère duquel des deux nous devons être le plus mécontents, de Déméa ou de Micion ^
Déméa. Oui, c'est moi qui le veux; et en cela, et en tout, nous ne ferons plus avec eux qu'une seule maison : nous les soignerons, nous les aiderons, nous nous les attacherons.
EsCHiNus. (A Micion,) Oui, je vous en prie, mon père!
Micion. Je ne m'y oppose pas.
D. Et même c'est notre devoir de faire ainsi. D'abord, la femme de celui-ci a une mère...
M. Oui; eh bien?
D. Honnête et modeste...
M. On le dit.
D. Qui n'est plus jeune...
M. Je le sais.
D. Hors d'état depuis longtemps d'avoir des enfants. Elle n'a personne pour prendre soin d'elle; elle est seule.
M. Où veut-il en venir?
D. Il est juste que tu l'épouses, mon frère. (A Eschinus.) A toi de prendre les mesures.
M. Moi? l'épouser?
D. Oui, toi 1
M. Moi?
D. Toi, dis-jc.