‹ Dramaturgie de HambourgChapitre 219 sur 226 · I. Aclc V, se. VlII · texte numérisé non relu

I. Aclc V, se. VlII

M. Tu déraisonnes.

D. (A Eschinus.) Si tu es un homme, il le fera.

E. (A Micion,) Mon père !

M. Comment, tu l'écoutés, niais que tu es?

i). (A Micion,) Tu perds ton temps : il le faut.

M. Tu radotes.

E. Laissez-vous fléchir, mon père!

M. Es-tu fou? Allons donc !

D. Voyons, accorde cette grâce à ton fils.

M. Es-tu dans ton bon sens? Moi, faire le jeune époux à soixante-cinq ans? Et cela, avec une vieille décrépite? Voilà ce que vous me conseillez?

E. Faites-le; je le leur ai promis !

M. Tu le leur as promis? Dispose de ta personne, mon garçon.

D. Ah! s'il te demandait une grande faveur?... M. Qu'est-ce donc que ceci?

D. Accorde-lui cette grâce !

E. Soyez indulgent.

D. Allons, promets.

M. Ce n'est pas fini?

E. Non; tant que vous me refuserez.

M. C'est delà violence!

D. Un pas de plus, Micion !

M. Eh bien, cela est mauvais, sot, absurde, contraire à mes habitudes et à mon sentiment; mais puisque vous y tenez tant, soiti !

— «Non, dit la critique; le poëte est à blâmer ici. La seule excuse qu on pourrait hasarder pour lui, c'est qu'il a voulu montrer les conséquences fâcheuses d'une bonté excessive. Mais Micion s*est montré si aimable jusqu'à ce moment; il a fait preuve de tant de bon sens et de connaissance du monde, que cette dernière faiblesse est tout à fait dénuée de vraisemblance et doit nécessairement choquer les gens de goût. Ainsi, encore une fois, le Roëte est répréhensible ici de toutes façons. »

1 . Nous croyons iiiufllc de reproduire ici le texte, que Lessing cite, mais qui est dans toutes les mains. {Trad.)

TÉRBNCE ET MÉNANDRE. 453

— Mais quel poôte? Térence, ou Ménandre? Ou tous les deux? Le nouveau traducteur anglais de Ménandre, Colmann, veut renvoyer à Ménandre la plus grande partie du blâme ^; et il croit pouvoir se fonder sur une remarque de Donat pour montrer que Térence a au moins beaucoup adouci dans ce passage la faute qui se montre dans l'original. Voici les termes de Donat : « Chez Ménandre, le vieillard n'est pas importuné pour se marier. Ainsi Térence a fait preuve d'originalité ^ »

a II est bien singulier, dit Colmann, que cette observation de Donat ait été si peu remarquée par les critiques ; elle mérite d'autant plus d'attention que nous avons perdu Ménandre. H est hors de doute que, dans le dernier acte, Térence a suivi le plan de l'auteur grec; il a donc adopté l'idée bizarre de marier Micion avec la vieille mère; mais du moins Donat nous apprend qu'il a été lui-même choqué de ce fait, et qu'il a corrigé son original en ceci ; Micion manifeste la plus grande répugnance contre une telle union , tandis que dans la pièce de Ménandrç il n'en montre, ce semble, aucune. »

Il n'est pas impossible qu'un poëte romain ait fait une fois mieux qu'un poëte grec. Mais la seule possibilité ne me suffirait pas pour le croire.

Colmann suppose donc que les paroles citées de Donat signifient :

« Chez Ménandre, le vieillard ne se défend pas contre l'idée du mariage. » Mais quoi? Si le sens en était différent? Si elles ne signifiaient autre chose que ceci : «Chez Ménandre, on ne songe pas à importuner le vieillard do ridée de mariage^?... »

Or, si tel est le sens, que faut-il penser de Térence?

1 . M. Charles Benoit est d'un avis contraire, Essai sur la oomédk de Ménandre, 1854. [Trad),

2. On lit dans le texte : ■ Apud Menandrum sencx de nuptlis non gravatur. Ergo Terentius 0ur^<tcd«. » (Trad,)

3. Nous retranchons une discussion gramnaaticalc à laquelle se livre l'auteur. (Trad,)

Loin de corriger l'original, il l'aurait gâté; il n'aurait pas adouci l'absurdité du mariage de Micion par la résistance de celui-ci; mais il l'aurait inventée, n Térence a fait preuve d'originalité! » Voilà une originalité dont il a bien lieu de se vanter!

DERNIER AUTICLE, où Tauleur parle de lui-même. — Éloge de la critique. «< ^ Du titre de ce journal : Didascalies ouDramatvrgie ? — Guerre au goût français. — De la foi de l'auteur en Aristote. ^ Chute de l'entreprise du tliéâlrc de Hambourg.

(N*»» Cl, cii, cm et civ, 19 avril 1768). — Cent un à cent quatre?... — Je m'étais proposé de composer de cent numéros seulement une année de cette feuille. Cinquantedeux semaines, à deux numéros par semaine, donnent, il est vrai, cent quatre numéros. Mais pourquoi, entre tous les métiers, celui de l'écrivain périodique serait-il le seul qui n'eût pas droit à des congés? Et quatre jours de congé par an, ce n'est pas trop!

Mais Dodsley et C^° ont expressément promis au public en mon nom cent quatre numéros. Je ne voudrais pas faire mentir ces honnêtes gcns^*

La question est seulement de savoir par où commencer, — La besogne est toute taillée; je n'aurai qu'à y coudre un morceau ou à tirer l'étoffe. — Oui; mais cela sent bien le bousilleur. Il me vient une idée, — qui aurait dû me venir tout de suite. Les comédiens ont l'habitude, après la pièce principale, de donner une petite pièce. Celle-ci peut traiter de ce que bon lui semble; elle n'a pas besoin d'avoir le moindre rapport avec la précédente. Eh bien, une petite pièce de ce genre pourrait bien remplir les numéros que j'aurais voulu m'épargner.

1. Four goûter le sel de cette plaisanterie, il faut savoir que c Dodsley et Cie» n'étaient qu'une raison sociale imaginaire, inventée on ne sait par qui pour cou^ vrir une contrefaçon de la Dramaturgie, {Trad,)

ou L'AUTEUR PARLE DE LUI-MEME. 45d

D'abord un mot sur moi-même ! Car pourquoi une petite pièce n aurait-elle pas un prologue, où Fauteur commen* cerait h la manière de Tcrencc :

Poeta cumprimum animum ad scribendum adpulit*.

Quand, — il y a aujourd'hui un an, — quelques personnes de bien ont eu ici l'idée d'essayer s'il ne serait pas possible de faire pour le théâtre allemand quelque chose de plus que ce qu'on pouvait attendre du principalat^, comme on l'appelle, je ne saurais dire comment on pensa à moi dans ce dessein, et comment on se fit l'illusion de croire que je pourrais être de quelque utilité dans cette entreprise. Je me tenaisjustement sur le marché, comme un ouvrier sans ouvrage; personne ne voulait m'embaucher (sans doute, parce que personne ne savait quel parti tirer de ma personne); quand enfin ces bons amis vinrent à moi. Jusqu'à ce jour, toutes les occupations m'ont été indifférentes; je ne me suis jamais imposé, pas même offert; mais jamais non plus je n'ai refusé l'occupation même la plus humble, quand je pouvais m'y croire appelé par une sorte de choix.

— « Voulez-vous concourir à l'œuvre du théâtre de Hambourg? » m'a-t-on demandé. — Ma réponse ne s'est pas fait attendre. Je n'avais d'autre scrupule que celui-ci : le pourrais-je? et quelle serait la meilleure manière de m'y prendre?

Je ne suis ni acteur ni auteur.

On me fait souvent l'honneur de me prendre pour un poète dramatique. Mais c'est qu'on me connaît mal. Quelques essais dramatiques que j'ai hasardés ne suffisent pas. On n'est pas peintre parce qu'on prend en main le pinceau et qu'on broie des couleurs. Les plus anciens de ces essais ont été écrits à un âge où l'on prend trop volontiers le

1. Andr.j jirol. ■ Quand le poctc s'est résolu à écrire... » (Trad.)

Page 1