‹ Dramaturgie de HambourgChapitre 23 sur 226 · Voyez iltetre, act. y, »c. 5-7. {Ttad · texte numérisé non relu

Voyez iltetre, act. y, »c. 5-7. {Ttad

plus dans les défauts que nous signalons. Il pourrait donc bien se faire que la première tragédie digne du nom de tragédie chrétienne fût encore k naître. J'entends par là une pièce où le chrétien nous intéresserait par lui-même, en tant que chrétien.

Mais, d'autre part, une telle pièce est-elle possible? Le caractère du vrai chrétien n'est-il pas le moins dramatique qu'on puisse imaginer? La résignation silencieuse, la douceur inaltérable, qui sont le fond du chrétien, ne sontelles pas inconciliables avec l'objet même de la tragédie, qui est de purger les passions par le moyen des passions^? L'attente où vit le chrétien d'une félicité qui sera sa récompense après cette vie, n'est- elle pas contraire au désintéressement que nous voulons voir sur la scène au fond de toutes les grandes et bonnes actions?

Le génie seul peut nous enseigner par l'expérience quelles difficultés il est capable de surmonter. Mais jusqu'à ce qu'une œuvre de génie ait réfuté victorieusement mes objections, voici le conseil que je donnerais : Qu'on laisse dormir toutes les tragédies chrétiennes qui existent! Ce conseil est inspiré par les intérêts de l'art dramatique, et ne saurait nous priver que de pièces très-médiocres; ifiid$ de plus (ce qui ne le gâte en rien) , il vient en aide ^ux âmes timorées , qui éprouvent je ne sais quel effroi quand elles entendent exprimer sur le théâtre des sentiments qu'elles ne sont préparées à ressentir que dans un lieu plus saint. Le théâtre ne doit scandaliser personne, et je souhaiterais qu'il pût et voulût prévenir toute espèce de scandale.

Cronegk n'avait poussé son travail que jusqu'à la fin du

1 . Lessing semble ici tenir pour accordée et pour claire la défiiiition de la tragédie donnée par Aristote, Poét. , ch. vi : « La tragédie est l'imitation d'une action... opérant par la pitié et p^r la crainte la purgation des passions de ce genre. • Cependant les explications qu'on a proposées sur cette phrase sont fort nombreuses, et notre auteur lui* même, dans la suite de cet ouvrage, en proposera, non sans de longues discussions, une interprétation nouvelle, qui peut-être ne satisfera pas tout le monde. Voyez la Table des matières , au mot Pwrgation. {Trad.)

L'ACTEUR BGKHOF. i3

quatrième acte. Le reste a été ajouté par une plume viennoise. — Je dis une plume, car on n'y sent guère le travail de Tesprit. — L'auteur de cette dernière partie a, selon toutes les apparences, terminé l'aventure tout autrement que Cronegk n'en, avait l'intention. La mort est la meilleure manière de sortir d'embarras; aussi fait-il mourir Olinte et Sophronie. Le Tasse les tire tous deux d'affaire. Clorinde les prend sous sa protection avec la générosité la plus désintéressée. Mais Cronegk avait voulu que Clorinde s'éprît d'Olinte; et franchement il devenait difficile de deviner par quel moyen il se proposait de débrouiller les affaires de deux rivales, sans appeler la mort au secours. Dans une autre tragédie encore plus mauvaise, où l'un des personnages principaux mourait en pleine santé, un spectateur demandait : « Mais de quoi meurt-il donc? — De quoi? dit l'autre; mais du cinquième acte!» Rien de plus vrai : le cinquième acte est une sorte d'épilepsie maligne, qui enlève maint personnage à qui les quatre premiers promettaient longue vie.

Mais je ne veux pas entrer plus avant dans la critique de la pièce. Autant elle est médiocre, autant la représentation a été remarquable. Je ne parle pas du luxe extérieur. Ce progrès accompli sur notre théâtre ne demande que de l'argent. Les arts dont le concours est nécessaire pour cet objets sont exactement aussi avancés chez nous que partout ailleurs; seulement les artistes veulent être payés ici comme ailleurs.

On doit être content de la représentation d'une pièce, quand, sur quatre ou cinq acteurs, quelques-uns sont excellents et les autres bons, ^i, dans les rôles accessoires, il se trouve un débutant ou une doublure, et que sa gaucherie vous importune au point de vous faire faire la grimace sur le tout, transportez-vous au pays à* Utopie et allez y chercher les théâtres parfaits, où les moucheurs de chandelles même sont des Garrick.

M. Eckhof jouait le rôle d'Évandre. Évandre est le père

14 ' PRKIIIBEE »01RBE.

â'(Mifit»y mais au feid ce o'esit guère qa'nn €<mM«fit. Su d^it de tooi, cet artiste sait faire d'un rôtece qu'il vent. Dam» le rôk le pk» fvetit, on le recoimall toujours pour le premier «eteor de It trcfope; on regrette de ne pas lui voir jouer to«s lee antres rôles eii Biêwe t)&mp%.

Un talent qui lui est tovt à fait particulier est celui de dire les maximes et les réflexious générales. Ces en^ HQjrefises tirades, refuge d'à» poëte dans Fembarras, il sait les débiter aree une aisance ^ une conviction telles, que les idées lefs joins banales acquièrent dans sa bovebe de la nouveauté et de la d^piité, que lee lievx communs lee plus froids y prennent de la efaaleur et de la vie.

Les moralités semées çà et loi sont ce qni'il y a de meil^ kwr dans notre poêle. D'ans son Coént» et ici, il a jeM lanft de peoisées avec une brièveté heureuse et expressive, que beaucoup de ses vers méritent de rester à tWre de s€Btences, ^ de prendre place dans la sagesse de peuple. Malbcttreusement, il ne cherche aussi que trop souvent à nous faire prendre de la verroterie potf r des pierres pré* cieuses et des antithèses piquantes pour des maximes de b<m sens. Deux de ces traits, dans le premier acte, m'ont particulièrement frappé. Voici le premier :

Le ciel peut pardonner, mais un prêtre jamais.

Lé second est ainsi conçu :

Qui pense mal d'autrui n'est pas hoffine de b^n.

À eca 6«lroits, j'ai été surpris de remarquer dans le parterre un mouvement général, avec ee murmure par lequel Fapiprebation se manifeste, quand Fattention qu^n donne à la pièce ne lui permet pas d'éclater ea aipplaudkssemenis* D^un eôté, je me disais : « A merveille; on adme la morale td ; ee parterre a du gx9àt pour les sentences; voil^ a» théâtre où un Euripide aeqiserrail; die la gMre^ et qu'un Snerate ananvait à fréquenter. » Mais jie songeais) en mtoe

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