‹ Dramaturgie de HambourgChapitre 29 sur 226 · LOI DU BEAU DANS L'ART DRAMATIQUE · texte numérisé non relu

LOI DU BEAU DANS L'ART DRAMATIQUE

plastiques et la poésie ^ C'est une représentation qui tombe BOUS le sens de la vue, comme la peinture, et, à ce titre, le beau est sa loi jjuprôme; mais c'est une peinture mobile, et, à ce titre, il n'est pas toujours nécessaire que Tacteur garde dans ses attitudes ce calme qui rend les modèles antiques si imposants. Cet art peut et doit se per-^ meitre souvent la rudesse d'un Tempesta, la hardiesse d'un Beraini : ces qualités, dans Tart dramatique, jouissent de toute la puissance d'expression qui leur est propre, sans devenir choquantes, comme elles le deviennent dans les arts plastiques, dont les œuvres sont permanentes. Mais l'acteur ne doit pas demeurer trop longtemps dans ces attitudes : il faut que les gestes qui précèdent y préparent le spectateur, et que ceux qui suivent ramènent peu à peu le corps dans les limites ordinaires de la bonne grâce; il ne doit même pas donner à l'action toute l'énergie que le poète peut mettre dans sa manière de traiter le sujet. Car l'art dramatique est, à la vérité, une poésie muette; mais une poésie qui prétend se rendre immédiatement intelligible h la vue; et chacun de nos sens a besoin d'être flatté, pour transmettre à l'âme, sans altération^ les idées qu'on lui confie.

Il pourrait se faire qu'au point de vue du succès nos acteurs ne se trouvassent pas trop bien de la modération que les lois de l'art les invitent à observer, même dans les plus vives passions..... Mais de quel succès s'aglt-il?.... La galerie, il faut bien l'avouer, est fort amoureuse du tapage et de l'emportement : elle manquera rarement de payer en applaudissements les éclats de voix d'une bonne

poitrine Le parterre allemand est un peu aussi de ce

goût*lk ; et il y a des acteurs qui sont assez adroits pour en tirer parti. L'acteur le plus endormi rassemble ses forces vers la fin de la «scène, au moment de sortir : il élève tout à coup la voix et surcharge l'action, sans se demander si

i . Comparer les observations qui suivent avec les théories du Laocoon , du même auteur. (Trad.)

le sens des paroles qu'il récite réclame cet effort extraordinaire. Souvent môme cet effort se trouve en contradiction avec la disposition dans laquelle il doit se retirer ; mais que lui importe? Il suffit qu'il ait averti par là le parterre de faire attention à lui et de l'applaudir à sa sortie, si tel est l'effet de sa bonté. Le parterre devrait le siffler I Malheureusement, le parterre n'est pas connaisseur, ou il a trop bon cœur, et il prend l'intention de lui plaire pour le fait lui-même....

Je n'ose me risquer à parler du jeu des autres acteurs dans cette pièce. Ils ne sont occupés, bon gré mal gré, qu'à pallier des défauts et à faire valoir le médiocre; aussi les meilleurs d'entre eux ne peuvent paraître là que dans un jour très-équivoque. Nous ne mettons pas à leur charge l'ennui que l'auteur nous a causé, mais nous n'avons pas non plus matière à leur rendre toute la justice qu'ils méritent.

La première soirée s'est terminée par le Triomphe du temps passé, comédie en un acte, imitée du français de Le Grand. C'est jine des trois petites pièces que Le Grand présenta sur la scène française en 1724, sous ce titre général : Le Triomphe du temps. Il avait déjà traité le même sujet quelques années auparavant, sous le titre des Amoureux ridicules, mais il avait obtenu peu de succès. L'idée qui fait le fond de la pièce est assez drôle, et quelques situations sont très-plaisantes. Mais c'est un genre de plaisanterie qui convient mieux à un récit satirique qu'à la scène. La victoire que le temps remporte sur la jeunesse et sur la beauté éveille une idée assez triste. L'illusion d'un fat sexagénaire et d'une vieille folle du même âge, qui croient échapper seuls aux ravages du temps, est à la vérité plaisante; mais la vue de leurs personnes excite plutôt le dégoût que le rire.

(n° VI, 49 mai 1767). — Je n'ai pas encore parlé des deux discours adressés aux spectateurs avant et après la grande pièce de la première soirée. Ils sont Tœuvre d'un

Page 1