‹ Dramaturgie de HambourgChapitre 32 sur 226 · ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE

Regardez ; c'est ainsi que meurt le chrétien convaincu ! C'est ainsi que hait l'infidèle à qui l'erreur est nécessaire, qui ne saurait se passer de la barbarie pour transformer ses intérêts, sa dignité, ses rêveries en enseignement divin ! L'esprit d'erreur appelait à son aide la persécution et la violence; l'aveuglement comptait pour un mérite, la crainte passait pouj* piété. C'est ainsi qu'il défend son tissu de mensonges en empruntant la foudre royale, le poison et le meurtre. Là où manque la foi, la terreur y supplée. La vérité persuade, l'erreur réclame du sang. Il faut persécuter, il faut instruire le glaive à la main ceux qui ne partagent pas les croyances qu'enseignent les Lsménor ! Et plus d'un Aladin, par politique ou par faiblesse, approuve la sentence sanguinaire des saints meurtriers ; et il faut qu'il laisse égorger avec son épée l'objet de la haine de ces rêveurs, l'ami, le martyr de la vérité ! Effroyable chef-d'œuvre de Tesprit de domination et de ruse, qu'aucune expression ne saurait assez flétrir! 0 doctrine qui permets d'abuser de la divinité même pour plonger le poignard dans un cœur innocent! 0 objet d'horreur! qui m'inspirera les paroles qui conviennent pour te maudire? Amis, dont le cœur a parlé si haut pour l'héroïne au moment où elle devient la victime de la rage du prêtre et succombe pour la vérité, soyez reconnaissants de ce sentiment et rendez grâce pour ces larmes ! Celui qui s'égare ne mérite pour cela ni la haine ni le sarcasme : ce qui enseigne la haine n'est pas la parole de Dieu ! Aimez ceux qui s'égarent, aveugles sans malice, faibles peut-être, mais toujours hommes. Instruisez-les, tolérez-les; et ne réduisez pas aux larmes ceux qui n'ont d'aiftre tort que de penser autrement que vous ! Il est homme de bien, celui qui, fidèle à sa croyance, ne se plie ni au déguisement ni à l'hypocrisie; qui, plein d'ardeur pour la vérité, inaccessible à la crainte, scelle joyeusement, comme Olinte, sa foi de son sang ! C'est là, généreux amis^ un exemple digne de votre approbation.

Heureux si nous- avons pu, en rendant devant vous les pensées qui ont transporté l'àme de Cronegk, les graver profondément dans vos cœurs ! La vie du poète a été belle , comme la réputation qu'il laisse après lui. 11 était, et, — pardonnez à nos larmes, — il est mort chrétien ! Il a légué à la postérité son cœur pur enfermé dans ses œuvres, afin d'instruire encore les hommes après sa mort. Est-il rien de plus haut qu'une telle destinée? Ne refusez pas à sa cçndre, si Sophronie vous a touchés aujourd'hui , le tribut qui lui est dû ; des regrets sur sa fin prématurée, des actions de grâce pour ses enseignements, et des pleurs, douloureux hommage rendu à sa mémoire.

Pour nous, que votre bienveillance, généreux amis, vienne nous encourager ! Si nous avons manqué, reprenez-nous, mais avec indulgence. L'indulgence encourage à prendre un essor plus hardi ; une critique délicate enseigne à mériter les louanges les plus hautes. Songez que l'Art est à ses débuts parmi nous et que, pour un Garrich , on y trouve mille Quins, N'attendez pas trop, afin que nous puissions nous élever de plus en plus; et enfin... Mais c'est à vous de juger, à nous de nous taire.

(no VII, 22 mai 1767). — Le Prologue considère le théâtre dans sa plus haute dignité, puisqu'il nous le montre comme le complément des lois. Il y a bien des choses dans la vie morale des hommes, qui, k considérer leur influence immédiate sur le bien de la société, sont trop peu importantes et de nature trop variable pour pouvoir tomber sous le regard de la loi. Il y en a d'autres, en revanche, que toute la puissance de la législation ne saurait atteindre; qui sont si incompréhensibles dans leurs motifs, si monstrueuses en elles-mêmes, si énormes dans leurs conséquences, qu'elles échappent entièrement aux prévisions de la loi> ou ne pourraient être prévues dans tous leurs caractères. Je n'entreprendrai pas d'enfermer la comédie dans le cercle des premières, comme formant le domaine du ridicule, et la tragédie dans les limites des dernières, comme étant des phénomènes extraordinaires dans le monde moral, qui frappent l'esprit d'étonnement et troublent le cœur» Non ; le génie se rit de toutes les divisions de genres que trace la critique. Mais voici ce qui est

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