‹ Dramaturgie de HambourgChapitre 34 sur 226 · DE QUIN ET DE GARRICK · texte numérisé non relu

DE QUIN ET DE GARRICK

tel rôle, quand sa figure, sa voix et son tempérament y conviennent parfaitement. Un tel homme est fort utile et peut à juste titre s'appeler un bon acteur; mais combien ne s'en faut-il pas qu'il soit ce Prêtée de l'art dramatique, que la renommée, d'une voix unanime, a depuis longtemps reconnu dans Garrick ? C'était sans doute un acteur du genre de Quin, qui jouait le rôle du roi dans Hamkt le jour où Tom Jones et Partridge étaient à la comédie; et il ne manque pas de critiques, comme Partridge, qui n'hésitent pas à mettre un Quin bien au-dessus d'un Garrick. « Quoi! disent-ils, Garrick le premier des acteurs? Il ne paraissait pas effrayé à la vue du fantôme : il l'était réellement. Beau prodige de l'art, d'avoir peur d'un fantôme I Sérieusement et en vérité, si nous avions vu un fantôme, nous aurions l'air qu'il avait, nous ferions ce qu'il faisait. L'autre au contraire, le roi, semblait bien aussi être un peu ému, mais en bon acteur il se donnait toutes les peines possibles pour cacher son émotion. Ajoutez qu'il prononçait tous les mots bien distinctement, et qu'il parlait une fois aussi haut que ce petit homme sans mine, dont vous faites tant de fracas ) »

Chez les Anglais, toute pièce nouvelle a son prologue et son épilogue, écrits par l'auteur lui-même ou par un de ses amis. Le prologue ne sert pas, comme chez les anciens, à instruire l'auditeur de différentes choses nécessaires pour lui faciliter l'intelligence des faits de la pièce, mais il n'est pas pour cela sans utilité. Les Anglais savent dire là dedans une foule de choses propres à bien disposer l'auditoire en faveur du poète ou de son sujet, et à prévenir des critiques injustes à son adresse ou à celle des comédiens. Encore moins se servent-ils de l'épilogue, comme le fait quelquefois Piaule, pour y faire raconter le dénoûment final de l'histoire, qui n'a pas pu trouver place dans le cinquième acte. Mais ils en font une sorte de moralité, pleine de bonnes leçons, de fines remarques sur les mœurs dont on vient de voir la peinture, et sur l'art avec lequel elles viennent d'être peintes; et tout cela du ton le plus

comique et le plus humoristique. Ils ciment assez encore à introduire ce ton par moments dans le genre sérieux. Après le drame le plus sanglant et le plus pathétique, il n'est pas rare que la satire fasse éclater un rire retentissant; la gaieté se donne alors carrière, comme si le dessein exprès de Fauteur était de tourner en raillerie toutes les bonnes impressions. On sait combien Thomson s'est révolté contre cet usage de secouer les grelots de la folie derrière les pas de Melpomène. Si donc il y avait lieu de désirer que chez nous aussi les ouvrages originaux parussent avec une introduction et une recommandation, il va sans dire qu'après la tragédie, le ton de l'épilogue devrait être mieux accommodé à notre gravité allemande. Après le drame comique, il pourrait être aussi burlesque qu'on voudrait. Dryden, chez les Anglais, était passé maître en ce genre : il a écrit bon nombre de morceaux qu'on lit encore avec beaucoup de plaisir, quand les pièces pour lesquelles ils étaient faits sont depuis longtemps oubliées. Hambourg trouverait, sans chercher loin, un Dryden allemand : je n'ai pas besoin de désigner davantage celui de nos poètes qui serait capable d'assaisonner la critique et la morale de sel attique, tout aussi bien que le poète anglais ^

DEUXIÈME SOIRÉE. — Même spectacle.

TROISIÈME SOIRÉE. ^ Mélanidt, de la Chaussée. — Du genre larmoyant. ^ De U traduction des poètes. — De Vaccent dans la déclamation.

(n° VIII, 26 mai 1767 ^). — Le troisième soir (vendredi,

1 . Quel est précisément l'écriyain allemand à qui Lessing fait allusion ici ? Il semble désigner quelqu'un des auteurs des Articlet de Brème, qui cultivaient pour la plupart la poésie satirique. Yeut-il parler de Ebert, qui était de Hambourg même, ou de Zacharise, qui était alors professeur à Brunswick, et qui s'est fait une si grande réputation dans l'épopée héroï-comique? Nous ne saurions rien affirmer. (Trad.)

2. Nous retranchons une mention toute sèche du programme de la représentation : dans la suite, nous ferons de même en pareil cas. {Trad.)

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