‹ Dramaturgie de HambourgChapitre 36 sur 226 · DE L'ACCENT CHEZ L'ACTEUR · texte numérisé non relu

DE L'ACCENT CHEZ L'ACTEUR

morceau ne peut produire qu'un seul genre d'impression, et que sans cela il n'y aurait pas d'accord possible entre divers instruments et diverses voix. Mais il n'en est pas de même dans la déclamation. Si nous considérons une période de plusieurs membres comme un morceau de musique détaché, et les membres de la période comme les mesures de ce morceau; ces membres, fussent-ils tous d'égale longueur et composés du même nombre de syllabes de la même mesure, ne devraient cependant pas être dits avec la même rapidité. Car, ni au point de vue de la signification et de l'effet, ni par rapport au sentiment qui règne dans la période, ils ne peuvent être d'une importance égale. La nature veut donc que la voix précipite les moins importants, y passe légèrement et négligemment, et qu'elle demeure sur les plus considérables, qu'elle les étende et les traîne; qu'elle en pèse tous les mots et, dans chaque mot, toutes les syllabes. Les différences ont des degrés à l'infini ; elles ne peuvent être indiquées au moyen de subdivisions artificielles du temps, ni déterminées par leurs valeurs relatives; mais elles n^en sont pas moins senties par les oreilles les moins érudites, de même quelles sont observées par les bouches les moins savantes, quand le discours part d'un cœur pénétré, et non pas seulement d'une mémoire fidèle. L'effet que produit ce mouvement alternatif de la voix est incroyable. Si l'on y joint les changements d'intonation, à savoir, non-seulement les alternatives de l'aigu et du grave, des tons forts et faibles, mais aussi des sons rauques et des sons doux, dès sons mordants et arrondis, de la rudesse et de l'égalité, et que tout vienne à sa place; alors on produit cette musique naturelle à laquelle notre cœur ne saurait résister, parce qu'il sent qu'elle vient du cœur, et que l'art n'y est pour quelque chose qu'autant que l'art peut se transformer en naturel. Dans cette musique, l'actrice dont je parle est tout à fait supérieure; personne ne lui est comparable, excepté M. Eckhof. Mais celui-ci y ajoute l'accent intensif sur chaque mot, ce dont elle s'occupe moins; et par cela seul

il donne à sa déclamation un plus haut degré de perfec* tion. Mais peut-être a-t-eile aussi ce mérite à sa disposi* tion, et si je juge d'elle comme je le fais, c'est peut-êlro parce que je ne l'ai pas encore vue dans un rôle où l'émotion s'élève jusqu au pathétique. Je l'attends h la tragédie, et je continue l'histoire de notre théâtre.

QUA.TRIÈME SOIRÉE. •> Julie, de M. Heufeld; J..J. Rousseau, la Nouvelle Hélolse. — Le Trésor (par Lessiug), d'après Plaute. — Imitations diverses du JWntimmiw.

Le quatrième soir (lundi, 27 du mois dernier), on a représenté une pièce allemande originale : /w/te, ou la Lutte du devoir et de famoùr. Elle a pour auteur M. Heufeld, de Vienne, qui nous apprend que déjà deux autres pièces de lui avaient obtenu l'approbation du public viennois. Je ne les connais pas; mais à en juger d'après celle-ci, elles ne doivent pas être tout .à fait mauvaises.

Les principaux traits de la fable et la plus grande partie des situations sont empruntes à la Nouvelle Héloîse de Rousseau. Je souhaiterais que M. Heufeld, avant de se mettre à l'ouvrage, eût lu et étudié le jugement exprimé sur ce roman dans les Lettres sur la littérature nouvelle^. Il aurait vu plus clair dans les beautés de son modèle, et peut-être eût-il été plus heureux en plusieurs endroits.

Le mérite de la Nouvelle Héloîse , quant à l'invention, est très-mince, et ce qu'il y a de meilleur dans ce roman n'est nullement propre à être arrangé pour le théâtre. Les situations n'y ont rien que de très-ordinaire ou de peu naturel, et le petit nombre des bonnes se trouve tellement disséminé, qu'on ne peut sans violence les resserrer dans

1. X* partie, p. 255 et suiv. (^Note de l'auteur.^ — Sur ce recueil, voyes LessinQf par L. Crouslé, p. 107. L'article eu question est de Hoses Mendebsohn. (Trad.)

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