INTRODUCTION
les passions humaines ne donnassent immédiatement la clef. La peur de l'assassinat engendrait l'assassinat, mêm entre parents, comme cela s'est vu si souvent dans le monde. Il y avait là toutes les conditions de pathétique, de simplicité, de vraisemblance qu'exigeait le génie grec. Mais Corneille sentait si peu comme un Grec, qu'au lieu d'accepter ce récit tel que le lui transmettait l'histoire, au lieu d'y trouver la matière d'une tragédie toute faite, il éprouvait le besoin de le compliquer davantage et d'y ajouter des surprises, des coups de théâtre, des incidents mystérieux et des péripéties terribles. Des deux princes, il fera deux jumeaux, dont aucun ne saura Tordre de leur naissance; il les supposera tous deux amoureux de Rodogiine; il supposera que leur mère leur demande la tête de leur amante, en promettant au meurtrier de le déclarer l'aîné et de lui accorder le trône, tandis qu'au même moment, la sensible Rodogune promet sa main à celui d'entre eux qui assassinera sa mère. Lessing triomphé sans peine de ces invraisemblances. Mais il triomphe encore plus de la critique française, qui ne reconnaît pas le vice du système dramatique de Corneille, et qui s'obstine à comparer son théâtre à celui des Grecs.
Voltaire lui-même n'échappe pas à cette pénétrante analyse. Non-seulement sa critique est déclarée insuffisante, mais ses meilleures tragédies sont rapprochées de Tidéal des Grecs et sévèrement jugées. Lessing n'a écrit nulle part de meilleures pages de critique que le fragment de la Dramaturgie qu'il consacre à Mérope, Là encore il retrouve, dans une pièce française, des procédés très-différents de ceux des Grecs et un art très-inférieur au leur, quoi qu'en dise le père Tournemine, qui croit naïvement que Voltaire nous a rendu la Mérope perdue d'Euripide. Quel était le plan de cette Mérope? Comment Euripide avait-il conçu son sujet? Nous ne le savons pas directement. Mais nous pouvons le deviner d'après le récit d'Hygin, qui semble avoir réuni dans son ouvrage les arguments de plusieurs tragédies grecques. Or, entre le