XVI INTRODUCTION
canevas tragique d'Hygin et le plan de Voltaire, il y a des différences essentielles, dont aucune ne fait honneur à l'imagination de l'écrivain français, ef qui, en tout cas, s'éloignent absolument des traditions helléniques. Le génie grec, qui ne cherche jamais à surprendre les specta-* teurs, produit l'émotion tragique par le jeu naturel des passions, dans les limites rigoureuses de la vraisemblance. La fable de Mérope, telle qu'Hygin la rapporte, remplit toutes ces conditions. Dans Hygin, le fils de Mérope, Téléphonte, dont le père a été tué piar Polyphonte; que Polyphonte a dépouillé de son héritage paternel, et qui, tout enfant, a été emmené en Étolie chez un aiiii dé sa famille, connaît le secret de sa naissance; il sait quels sont ses droits, ce qu'on lui a ravi, et quand il atteint l'âge d'homme, il part pour Messène, afin de venger son père et de reconquérir sa couronne. Seulement, c'est uil Grec, un compatriote d'Ulysse; on lui a appris de bonne heure que les batailles ne se gagnent pas uniquement par l'audace, mais aussi par la ruse. Il arrive donc dans sa patrie, et pour écarter les soupçons, tout en se frayant un chemin jusqu'à Polyphonte, il se présente comme un meurtrier, comme ayant tué le fils de Cresphonte^ dont la tète est mise à prix. Il pénètre ainsi au cœur de la place. Polyphonte le reçoit avec honneur et le fait conduire à la chambre des étrangers. C'est là que Mérope, avertie de son arrivée, sachant qu'il s'est vanté d'avoir tué Téléphonte, le prenant pour un assassin, va le frapper^ et le tuerait même sur-le-champ dans le premier emportement de la douleur maternelle, si elle n'était retenue par le vieillard qui a élevé son fils et qui le reconnaît. Réunis enfin, après un si grand danger, la mère et le fils associent leurs efforts pour se délivrer de Polyphonte, et réussissent d'autant mieux à le surprendre qu'il ignore leurs relations et qu'il se croit au contraire l'obligé du nouveau venu.
Dans cette fable, tout s'enchaîne, les divers événements se succèdent avec une parfaite vraisemblance. Rien n'est