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OPINION DE VOLTAIRE SUR LE THÉÂTRE GREC

gements que celui-ci a fait subir à son modèle; mais des personnes de goût, à qui l'original n'était pas inconnu, auraient souhaité qu'il eût conservé la voisine au lieu du père^...

SIXIÈME SOIRÉE. — Sémirami$, de Voltaire. — De certaines opinions de Voltaire sur la tragédie française. Des spectres ; Shakespeare et Voltaire. Des conclusions morales dans les tragédies.

Le sixième soir (mercredi, 29 avril), on a représenté Semiramis, de M. de Voltaire.

Cette tragédie parut sur la scène française en 1748; elle y obtint un grand succès, et elle fait en un sens époque dans l'histoire de ce théâtre.

M. de Voltaire, quand il eut donné sa Zaïre^ son Alzire, son Brutus et son Césa7\ se trouva suffisamment affermi dans l'opinion que les poètes de sa nation dépassaient de beaucoup les anciens Grecs sur plusieurs points. ^ C'est de nous Français, dit-il, que les Grecs auraient pu apprendre le secret d'une exposition plus adroite, et le grand art de lier les scènes entre elles de façon que le théâtre ne reste jamais vide, et qu'aucun personnage n'entre ni ne sorte sans raison. Car c'est de nous, ajoute-t-il, qu'ils auraient pu apprendre comment des rivaux et des rivales s'entretiennent en antithèses spirituelles; comment lepoëte, avec une certaine quantité de pensées nobles et brillantes, peut éblouir son public et l'étonner. C'est de nous qu'ils auraient pu apprendre ^... » — En vérité, que n'a-t-on pas à apprendre des Français?

1. Nous retranchons l'éloge de r actrice qei jouait le principal rôle. {Trad.)

2. On sent bien ici que Lessing se plaît à changer les passages |de Voltaire qu'il feint de citer. Voici les termes de l'auteur : a Les Grecs auraient appris de nos grands modernes à faire des expositioas plus adroites , à lier les scènes les unes aux antres par eet art imperceptible qui ne laisse jamais le théâtre yide , e

Il est vrai qu'un étranger qui a lu aussi un peu ses anciens pourrait demander humblement la permission d'être par-ci par-là d'une autre opinion. Il pourrait objecter que tous ces avantages des Français n'ont pas grande influence sur ce qu'il y a d'essentiel dans la tragédie, et que ce sont des beautés que la grandeur simple des anciens a dédai* gnées. Mais que sert de faire des objections à M. de Voltaire? 11 parle, et l'on croit.

Il n'y a qu'un point où la scène française, à son avis, laissait à désirer. C'est que les grands chefs-d'œuvre de cette scène n'y étaient pas représentés avec la magnificence que les Grecs avaient bien accordée aux faibles essais d'un art dans l'enfance. Le théâtre de Paris, vieille salle de jeu de paume, ornée avec un goût détestable, où le peuple se tient debout, se presse et se pousse dans un parterre malpropre, lui paraissait à bon droit quelque chose de choquant; il était surtout scandalisé de la coutume barbare de souffrir des spectateurs sur la scène, où ils laissent à peine aux acteurs la place indispensable pour se mouvoir. Il était persuadé que ce seul inconvénient avait suffi pour priver la France de beaucoup de chefs-d'œuvre qu'on aurait sans doute hasardés si on avait eu un théâtre libre, plus commode pour l'action et plus magnifique. Et, pour en donner la preuve, il a écrit sa Sémiramis,

Une reine qui assemble les États de son royaume pour leur faire part de son mariage ; un spectre qui sort du sépulcre pour empêcher un inceste et pour se venger de son meurtrier; ce tombeau où un imbécile descend pour en ressortir criminel : c'était là, en effet, pour les Français, quelque chose de tout à fait nouveau ^. Il y a autant de

qui fait venir et sortir avec raison les personnages. C'est à quoi les anciens ont

souTent manqué Le choc dés passions, ces combats de sentiments opposés, ces

discours animés de rivaux et de rivales, ces contestations intéressantes où l'on dit ce que l'on doit dire, ces situations si bien ménagées, les auraient étonnés. » Diês, rJT la Tragédie. (Trad.)

1. Nous rapprochons encore ici le texte de l'analyse qu'en fait Lessing : • ... Vous Toyex que c'était une entreprise assez hardie de représenter Sémiramis assemblant les ordres de l'État pour leur annoncer son mariage j Tombre de Ninus

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