‹ Dramaturgie de HambourgChapitre 41 sur 226 · DES SPECTRES SOR LA SCENE · texte numérisé non relu

DES SPECTRES SOR LA SCENE

tapage sur la scène, et le spectacle demande autant de pompe et de changements de décoration qu'on a coutume «l'en voir dans un opéra. Le poète crut avoir donné le modèle d'un genre tout à fait nouveau. Bien qu'il eût fait son ouvrage pour la scène française telle qu'il la désirait, et non telle qu'elle était, la pièce y fut jouée provisoirement aussi bien qu'elle pouvait l'être. A la première représentation, les spectateurs étaient encore assis sur le théâtre. J'aurais bien voulu voir un spectre d'ancêtre se montrer en si galante compagnie. Ce n'est que dans les représentations suivantes qu'on a porté remède à cet inconvénient : les acteurs ont débarrassé leur scène, et ce qui d'abord n'était qu'une exception, dans l'intérêt d'une pièce si extraordinaire, est devenu avec le temps une disposition permanente. Mais cela n'a lieu qu'au théâtre de Paris, pour lequel, comme je l'ai dit, Sémiramis fait époque en ce sens. En province, on reste fidèle à l'ancienne mode, et l'on aime mieux renoncer à l'illusion théâtrale qu'au privilège de pouvoir marcher sur la queue de la robe de Zaïre ou de Mérope.

(n® XI, ^juin 1767). — L'apparition d'un esprit dans une tragédie française était une nouveauté si hardie, et le poète qui l'a hasardée la justifie par des raisons si particulières, que cela vaut la peine de s'y arrêter un moment.

On disait et on écrivait de tous côtés que l'on ne croit plus aux revenants, et que les apparitions des morts ne peuvent être que puériles aux yeux d'une nation éclairée. Quoi! toute l'antiquité aura cru ces prodiges, et il ne sera pas permis de se conformer à l'antiquité? Quoi ! notre religion aura consacré ces coups extraordinaires de la Providence, et il serait ridicule de les renouveler?

Ces exclamations, ce me semble, sont de la rhétorique plutôt que des raisons. Avant tout, je voudrais mettre ici

sortant de son tombeau pour préTenlr un inceste et pour renger sa mort ; Sémiitmis entrant dans ce mausolée , et en sortant expirante et perche de la main de ion fils. » DtM. sur la Tragédie,

la religion hors de jeu. Dans des questions de goût et de critique, les arguments qu'on en peut tirer sont très-bons pour fermer la bouche à un adversaire, mais ne valent rien pour le persuader. La religion, en tant que religion, n'a rien h décider ici, et, considérée comme une espèce de tradition antique, elle n'a ni plus ni moins d'autorité que d'autres témoignages de l'antiquité. Et ainsi nous n'avons affaire ici qu'à l'antiquité.

Ainsi, toute l'antiquité a cru aux spectres. Fort bien î les poètes dramatiques de l'antiquité avaient donc le droit de tirer parti de cette croyance. Si, chez l'un d'entre eux, nous trouvons des morts qui reviennent, il serait injuste de lui faire son procès suivant nos idées épurées. Mais s'ensuit-il que le poëte dramatique moderne, qui partage ces idées épurées, ait le même droit? Certainement non. — « Mais s'il fait remonter sa fable jusqu'à ces époques plus crédules? » — Pas davantage. Car le poëte dramatique n'est pas un historien. Il ne raconte pas quelles sont les choses auxquelles on croyait dans ce temps-là : il les fait arriver de nouveau sous nos yeux, et il les fait arriver de nouveau, non pour l'amour seulement de la vérité historique, mais dans un dessein tout autre et plus élevé; la vérité historique n'est pas pour lui le but, mais un moyen : il veut nous faire illusion, et nous toucher à l'aide de l'illusion. Si donc il est vrai que nous ne croyons plus maintenant aux apparitions; si cette incrédulité doit nécessairement empêcher l'illusion; si, sans illusion, la sympathie est impossible; alors le poëte dramatique agit contre luimême, lorsqu'en dépit de tout il échafaude ainsi des contes incroyables; tout le talent qu'il y applique est perdu.

— Et après? — Après, s'ensuit-il qu'il ne soit absolument pas permis de mettre sur la scène des spectres et des apparitions? S'ensuit-il que cette source de terreur et de pathétique soit tarie pour nous? Non, ce serait une trop grande perte pour la poésie; et n'a-t-elle pas pour elle des exemples où le génie se moque de toute notre philosophie et sait re dre terribles pour notre imagination des objets

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