MISS SARA SAMPSON
Tourne encore une fois. Bien!... Ici! Fais la réyérenôe !... Voilà ce qui manque!*.. Non, tiens : voilà comme on fait la révérence.
Ce serait bien mal comprendre ces lignes, que de faire faire à Charlotte une révérence de paysanne, une contorsion niaise. Sa manière de saluer doit être d'une personne bien élevée, et, comme je l'ai dit, ne pas faire honte à son maître de danse. Dame Praalgern doit seulement trouver qu'elle n'est pas assez cérémonieuse. Charlotte s'incline davantage; et Mme Praatgern prétend lui faire acquérir de la grâce par ce moyen. Voilà toute la différence, et Mme Lœwen l'a fort bien sentie, bien que je ne croie pas que les Praatgern soient des rôles pour elle : elle ne sait pas assez cacher la femme élégante. Il y a d'ailleurs des visages à qui ne vont pas owtaines.' actions, telles qu'une substitution d'enfant.
ONZIÈN^ SOIRÉE. — Miss Sara Sampson, L'actrice. De la tragédie bourgeoise. Le Journal étranger. Opinion de Marmontei. Pourquoi les Français ne goûtent pas la tragédie bourgeoise. Des coupures dans les pièces de théâtre.
Le onzième soir (mercredi, 6 mai), on a représenté Miss Sara Sampson^,
On ne saurait demander à l'art d'aller plus loin que n'est allée Mme Hensel dans le rôle de Sara; et en général la pièce a été très-bien jouée. Elle est un peu trop longue; et sur la plupart des théâtres, on l'abrège. L'auteur est-ilbien satisfait de toutes ces coupures? C'est ce dont je doute un peu. On sait comment sont messieurs les auteurs : si l'on veut seulement leur couper une verrue, ils s'écrient qu'on leur arrache la vie. A vrai dire, quand une pièce est trop longue;, c'est mal y remédier que d'y faire simplement
1. On sait que ce drame est de Leasing; il date de 1755. (Trad.)
des coupures; et je ne vois pas bien comment on peut raccourcir une scène sans modifier toute la suite du dialogue. Mais si un auteur n'est pas content des retranchements faits par des mains étrangères, qu'il en fasse luimême; — si toutefois cela lui paraît en valoir la peine, et s'il n'est pas de ceux qui mettent des enfants au monde, et ne s'occupent plus de ce qu'ils deviennent.
Mme Hensel est morte avec une noblesse peu commune, dans l'attitude la plus pittoresque; et il y a eu un trait qui m'a particulièrement frappé. On a remarqué que les mourants cherchent à se rattraper avec les doigts à leurs vêtements ou à leur lit. Elle a tiré de cette observation le plus heureux parti. Au moment où la vie lui échappe, un léger ' spasme se manifeste tout à coup, mais seulement dans les doigts, tandis que le bras reste inerte : elle pince sa robe, qui est un peu soulevée et retombe aussitôt : c'est la dernière lueur d'une lumière qui s'éteint, le dernier rayon d'un soleil qui se couche. — Que ceux qui n'admirent pas dans ma description cette finesse de jeu n'en accusent que ma description; mais qu'ils aillent voir de leurs yeux!
(n" XIV, i^juin 1767). — Le drame bourgeois a trouvé un défenseur très-ferme dans le critique français qui a fait connaître Miss Sara à ses compatriotes ^ Il est rare que les Français se montrent équitables envers les ouvrages dont ils ne voient point de modèles chez eux.
Les noms de princes et de héros peuvent donner à une pièce de théâtre une certaine pompe et une certaine majesté; mais ils n'ajoutent rien à l'émotion. Ce qui fait naturellement la plus forte impression dans notre âme, c'est le malheur de ceux dont la condition se rapproche le plus de la nôtre; et si les rois nous inspirent de la sympathie, c'est comme hommes, et non comme rois. Si leur rang accroît l'importance de leurs infortunes, il n'accroît pas notre intérêt. Il est possible que des peuples entiers, se trouvent enveloppés dans leur destinée; mais notre sym-