INTRODUCTION. XVII
livré au hasard. Dès la première scène, le spectateur apprend qu'il va assister au duel du fils de Mérope et dePolyphonte, et voit se dérouler naturellement des péripéties qui ont pour cause première, non le caprice aveugle de la destinée, mais la volonté et l'habileté humaines aux prises avec un grand péril. Pourquoi ne pas se contenter de cette donnée si simple et si tragique? Pourquoi inventer des ressorts nouveaux, des incidents inattendus, invraisemblables, et substituer au développement régulier de l'action une série de surprises et de coups de théâtre? Voltaire ne soupçonne pas le mérite de la simplicité grecque, puisqu'il s'en écarte volontairement, avec la conviction qu'il la corrige et qu'il Tembellit. Bien loin d'améliorer le sujet de Mérope, il le dénature en croyant le rendre plus dramatique. Dans sa pièce, ce n'est pas en connaissance de cause, avec une intention arrêtée et tragique, qu'Égisthe se rend à Messène; Ëgisthe ne sait même pas qui il est; on lui a caché le secret de sa naissance; il «e croit le fils d'un paysan : c'est simplement l'ardeur de la jeunesse, un vague désir d'exercer son courage qui lui ont fait quitter sa retraite pour courir le monde; c'est le hasard et non sa volonté qui le conduit au lieu où réside sa mère, où son père assassiné attend un vengeur.
C'est encore le hasard, un cadavre trouvé sur une grande route, une armure ensanglantée qui le fait prendre pour l'assassin d'Égisthe. Mérope va le frapper sur un simple soupçon; elle n'a pas, pour le punir, comme dans la fable d'Hygin, l'horrible certitude que lui donne l'aveu du meurtrier, le prix qu'il réclame lui-même de son crime. D'ailleurs elle n'agit pas dans le premier mouvement de la colère. C'est après réflexion, de propos délibéré, de sang-froid, qu'elle va, de sa propre main, assassiner un jeune homme qui lui avait d'abord inspiré de la sympathie, et dont le crime n'est pas prouvé. Ces changements donnent quelque chose d'odieux à l'action de Mérope, qui paraissait au contraire naturelle chez Hygin. La mère d'Égisthe paraît même d'autant plus cruelle, à ce moment,