DES TITRES DB COMÉDIES. S
peut guère exprimer avec plus d'art et une plus grande vérité cette mélancolie enthousiaste, ce sentiment d'un cœur qui ne sent plus, si je puis parler ainsi : car c'est là l'état de Tâme de Sidney. Quelle variété de gestes pitto* resques, à l'aide desquels il donne, pour ainsi dire, une figure et un corps à des considérations générales et transforme ses plus intimes sentiments en objets visibles! Quel accent de conviction entraînant !
La soirée s'est terminée par une pièce en un acte d'après le français deTAlfichard, sous ce litre : A-t-il des aîeux^? On devine tout d'abord qu'il doit y avoir là un sot ou une solle pour qui les ancêtres sont l'affaire principale. Un jeune homme bien élevé, mais d'une extraction douteuse, recherche la main de la belle-fille d'un marquis. Le con sentement de la mère dépend de l'éclaircissement de ce point. Le jeune homme se suppose seulement beau-fils d'un certain bourgeois nommé Lysandre; mais il se trouve ciue Lysandre est son véritable père. Il n'y aurait donc plus à songer au mariage, si Ton ne découvrait que c'est par suite de malheurs que Lysandre lui-même est descendu à la condition bourgeoise. En réalité il est d'aussi bonne naissance que le marquis : il est son fils, et ce sont des écarts de jeunesse qui l'ont chassé de la maison paternelle. Il essaye de se servir de son fils pour se réconcilier avec son père. La réconciliation réussit et rend la fin de la pièce très-touchante.
Mais puisque le ton principal est plus touchant que comique, le titre ne devrait-il pas aussi nous y préparer? Le titre est, en vérité, une bagatelle; mais dans ce cas particulier je ne l'aurais pas tiré du seul caractère ridicule que présente la pièce. Le titre ne doit ni annoncer ni épuiser le contenu de l'ouvrage, mais il ne devrait pas non plus nous égarer. Et c'est un peu ce que fait celui-ci. Qu'y a-t-il de plus facile à changer qu'un titre? Quant aux autres
<• La pièce de rAffichard a pour titre la Famille. (Jrad,)
modifications que Fauteur allemand a fait subir à l'original, elles sont plutôt avantageuses à la pièce : elles lui donnent cette couleur indigène qui manque presque à toutes les pièces empruntées au théâtre français.
DlX-HUlTlÈME SOIRÉE. — Le Tambour nocturne, de Destouches.
AddisoD, auteur dramatique.
Le dix-huitième soir (vendredi, 15 mai), on a joué le Tambour nocturne.
Cette pièce est réellement originaire de l'anglais. Addison, de qui elle est empruntée, n*a écrit qu'une seule tragédie et une seule comédie. La poésie dramatique en général n'était pas sa vocation. Mais un bon esprit sait toujours se tirer d'affaire, et ses deux ouvrages, à défaut des plus hautes beautés de leurs genres respectifs, en présentent du moins d'autres, qui en font encore des œuvres très-estimables. Il a cherché, dans l'un comme dans l'autre genre, à se rapprocher de la régularité française; mais vingt Addisons ne feraient pas que cette régularité fût du goût des Anglais. Que ceux-là s'en contentent qui ne connaissent pas de beautés supérieures î
Destouches, qui avait connu personnellement Addison en Angleterre, a remanié sa comédie sur un modèle encore plus français. Nous la jouons dans la forme que Destouches lui a donnée : on y trouve réellement plus de délicatesse et de naturel, mais aussi beaucoup plus de froideur et de faiblesse. Cependant, si je ne me trompe, Mme Gottsched, à qui la traduction allemande est attribuée, a eu sous la main aussi l'original anglais et y a repris plusieurs idées heureuses.
DIX-NEUVIÈME SOIRÉE. - Le Philosophe marié, de Ocstouches.