Haennschen* (TVad
Dans kn Fausses Confidences^ il y a aussi un Arlequin; mais dans la traduction allemande, il est devenu Petei\ La Neuber est morte, Gottsched est mort : j'aurais cru qu'on lui rendrait la jaquette. — Sérieusement, s'il est supportable sous des noms étrangers, pourquoi pas sous le sien? — C'est une figure exotique, dit-on. — Qu'importe! Je voudrais bien que tous les sots qu'il y a chez nous fussent des produits exotiques! — Il a des façons d'agir que personne n'a parmi nous ! — Eh bien! il n'a pas besoin de longs discours pour se faire connaître. — C'est un contresens de voir tous les jours le même individu paraître dans des pièces différentes. — Il ne faut pas Je considérer comme un individu , mais comme un genre. Ce n'est pas Arlequin qui paraît aujourd'hui dans Timon, demain dans le Faucon, après-demain dans les Fausses Confidences^ comme s'il avait le don d'ubiquité; ce sont des arlequins. Le genre comporte mille variétés; celui de Timon n'est pas celui du Faucon : l'un vivait en Grèce, l'autre en France; mais parce que leurs caractères ont des traits communs, on leur a donné un nom commun. Pourquoi serions-nous plus dégoûtés, plus difficiles dans nos plaisirs, plus dociles à d'insipides raisonnements, — je ne dirai pas que les Français et les Italiens, — mais que les Romains et les Grecs eux-mêmes? Le parasite de leurs comédies était-il autre chose qu'Arlequin? Ne portait- il pas aussi son costume propre et singulier, avec lequel il passait d'une pièce k l'autre? Les Grecs n'avaient-ils pas un genre de drame qui leur était propre, où les Satyres devaient toujours être mêlés, que la fable de la pièce s'y prêtât ou non?
Il y a quelques années qu'Arlequin a défendu sa cause devant le tribunal de la vraie critique avec autant de gaieté que de bon sens. Je recommande le traité de M. Môser sur le comique grotesque^ à tous ceux de mes lecteurs qui ne le connaissent pas encore; pour ceux qui
1. 1761. Voyez Gervinus, Histoire de la Poésie allemande, 1. IV, p. 347. (Trad.)