DU BELLOY
le connaissent, je suis assuré de leur suffrage. Il y est question en passant d'un certain écrivain, qui a, dit-on, assez de sens pour devenir un jour Tapoiogiste d* Arlequin. Il Test devenu I penscra-t-on. Non, il Ta toujours été. Il ne se souvient pas d'avoir jamais élevé ni songé à élever contre Arlequin l'objection que M. Môser lui attribue^.
VINGT-DEUXIÈME SOIRÉE. - Zelmire, de du BelloY- -Le Siège de Calais, du même auteur. Indifférence du public allemand pour le théâtre. Vie de du Belloy. Zelmire jugée par un critique français. Des sujets historiques et des sujets d'invention dans la tragédie. De la traduction allemande de Zelmire» De la versification française. De Tacteur Borchers.
Le vingt-deuxième soir (jeudi, 21 mai), on a joué Zelmv'Cy de M. du Belloy.
On ne saurait, à moins d'être tout à fait étranger i\ la littérature française contemporaine, ignorer le nom de du Belloy, de l'auteur du Siège de Calais. Si la pièce ne vaut pas le bruit que les Français en ont fait, du moins ce bruit fait honneur aux Français. Il prouve que c'est un peuple jaloux de sa gloire; qui n'est pas devenu indifférent aux grandes actions de ses ancêtres; qui croit à la dignité du poëte et à l'influence du théâtre sur la vertu et sur les mœurs; qui ne considère pas le premier comme un membre inutile de la société, et le second comme une de ces choses qui ne sont bonnes qu'à occuper des oisifs affairés. Combien k cet égard nous sommes encore loin des Français ! Pour le dire nettement, nous sommes encore en comparaison d'eux de vrais barbares! Plus barbares que nos barbares ancêtres, qui tenaient un chanteur pour un homme de grand prix; et, en dépit de leur indifférence pour les arts et les lettres, si on leur eût demandé lequel des deux est le citoyen le plus utile, d'un barde ou d'un trafiquant
i . Nous retranchons quelques mots Sur les acteurs. [Trad.)
de peaux d'ours et d'ambre, ils auraient regardé cette question comme celle d'un niais. — De quelque côté que je regarde en Allemagne, on n'a pas encore bâti la ville qui doit témoigner à un poëte allemand la millième partie de la considération et de la reconnaissance que Calais a témoignée à du Belloy. Qu'on dise que l'on reconnaît bieu là la vanité française; soit: mais que nous sommes encore loin d'être capables d'une vanité pareille! Faut-il s'en étonner? Nos gens de lettres eux-mêmes ont la petitesse de confirmer la nation dans son dédain pour tout ce qui ne sert pas à remplir la bourse. Parlez d'une œuvre de génie, quelle qu'elle soit; parlez d'encouragements à donner aux arts; exprimez le vœu qu'une cité riche et florissante veuille bien favoriser seulement de sa sympathie la récréation la plus noble qu'on puisse offrir à des hommes qui ont supporté au milieu des affaires le poids du jour et de la chaleur; dites que c'est le passe-temps le plus utile pour d'autres, qui ne veulent pas avoir d'affaires, — car le théâtre est bien au moins celai — parlez, dis-je, en ce sens, et promenez vos regards autour de vous; écoutez ce qu'on répondra : « Grâce au ciel, s'écrie l'usurier Albinus^ — et bien d'autres — nos concitoyens ont des occupations plus importantes I »
Eu!
Rem poteris servare tuam * !
Plus importantes? plus lucratives, je l'accorde; rien de ce qui touche aux beaux-arts n'est lucratif chez nous.
Haec animos aerugo et cura peculi Quum semel imbuerit '