‹ Dramaturgie de HambourgChapitre 7 sur 226 · XVIII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XVIII INTRODUCTION

que, dans les scènes précédentes, le poète dramatique lui attribue des sentiments plus doux. Et Lessing a raison de dire : « Elle a perdu son fils. Bien!... Qu'elle fasse, dans leippemier emportement, ce qu'elle voudra du meurtrier, je le lui.'pardonne. Elle est femme et mère... Mais, madame, un jeune homme qui, peu auparavant, vous intér^sait si fort, chez lequel vous reconnaissiez tant de martpies de droiture et d'innocence, parce qu'on trouve chez Uii une vieille armure que votre fils avait coutume de poTler,' vouloir l'immoler de votre propre main^ comme le iBèuptrierde votre ûh, sur le tombeau de son père, appeler |ioar* cela, à votre secours, gardes du corps et prêtres, ô fi t foiadame, ou je me trompe fort, ou vous auriez été sîfflée dans Athènes. »

La spirituelle argumentation de Lessing fait voir clairement tout ce que Voltaire a perdu à s'écarter de la fable antique, tout ce qu'il a sacrifié au vain plaisir de surprendre les spectateurs par la reconnaissance d'Égisthe, plaisir que les anciens eussent sévèrement condamné, comme un moyen grossier d'exciter l'intérêt. Les Grecs n'eusfiént pas moins blâmé l'invraisemblance du dénoû* ment de Mérope^ admirablement préparé dans la fable d'Hygin, par l'erreur de Polyphonte, quij non-seulement^ ne connaissant pas Égisthe, ne songe pas à se défier de luiî mais qui, le prenant pour le meurtrier d'Ëgisthe, lui accorde sa confiance; tandis que, dans la pièce de Voltaire, on S' étonne que Polyphonie ne s'entoure pas de plus de précautions contre un jeune homme dont, il connaît la naii^sance, les droits, les griefs, et qui, avant de le frapper, l'a menacé de sa vengeance. Ce n'était pas la peine de nous présenter l'usurpateur de Messène comme un tyran très-soupçonneux et très-éclairé sur ses intérêts, pour démenlir ce caractère à la fin de la pièce.

Lessing détruit ainsi pièce à pièce l'illusion générale de la critique française, qui rapproche maladroitement notre théâtre de celui des Grecs, sans en remarquer les difierêaeesjpïofondes. Il voit très-nettement> ce qu'on s'abste-

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nait de dire en France, que Tinflaence espagnole qui a agi sur noire scène, avant Tinfluence grecque, y a laissé une trace durable, et développé chez beaucoup de nos écri-* vains, comme dans le public, un amour de complications théâtrales absolument opposé à la simplicité d'action du drame hellénique. Mais ce n'est point assez pour lui de nous prouver que nos intrigues sont moins simples que celles des Grecs. Il nous prouvera que nous avons mé^ connu uiï élément important de la tragédie ancienne, en supprimant tout spectacle, tout pathétique sensible, eô craignant de montrer aux yeux, par un sentiment exagéré des bienséances, des effets dramatiques . dont le publip athénien, le plus délicat de tous les publics, supportait sans effroi la représentation. Ici le Laocoon complète la Dramaturgie, « C'est une chose remarquable, écrit Lessing dans le premier de ces ouvrages, que, parmi le petit nombre de tragédies anciennes qui nous sont parvenues, il s'en trouve deux où les douleurs corporelles ne sont pas la moindre partie des malheurs du héros souffrant..,.. Grâce à n^s voisins polis, à ces maîtres en fait de décence, un Philoi^tète gémissant, un Hercule poussant des cris âë* raient aujourd'hui sur la scène , des personnages ridicules. » Le père Brumoy, en traduisant.Je théâtre dé Sophocle et en présentant Philoctète aux lecteur^ français^ se croyait obligé, en effet, -d'expliquer et;d*ç3tciiser la hardiesse avec laquelle le poëte.grec expose aux yeux lè^ souffrances physiques de son héros. « A Ih vérité, disait-îl en parlant des lamentations de Philoctète, cette scène de-» mande quelque indulgence à des lecteurs. français, ïts verraient avec peine un h^ps malhçurçux tomber en convulsion sur notre théâtre, et .achever par ^èi dépeindre l'extrême .misère où il est réduit, i) .Non cpntent de fâîrê une telle réserve, le traducteur de Sophocle ajoutait ces' paroles, qui répondaient assurément à l'opinion dupublici français, mais qui attestaient en même temps combien kl gdût de €e,piiWiCrdiffér,aitd,e celui des , Athéniens : ik suivre le goût de l'antiquité, on ne peut, reprocher à ceitè

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