‹ Dramaturgie de HambourgChapitre 67 sur 226 · DES ORIGINAUX ALLEMANDS · texte numérisé non relu

DES ORIGINAUX ALLEMANDS

tredit, celui dont les ouvrages présentent la couleur laplus sincèrement allemande. Ce sont de vrais tableaux de faniille : on s'y trouve tout d'abord chez soi. Chaque spectateur croit y reconnîiître un cousin, un beau-frère, une tante ou une cousine. Ces pièces prouvent en même temps que les originaux ne manquent pas chez nous : ce qui est rare, ce sont les yeux capables de les voir dans leur vraie lumière. Nos travers sont plus remarquables que remarqués. Dans la vie ordinaire, nous fermons les yeux par bonté de cœur sur les travers des autres, et dans l'imitation dramatique, nos peintres se sont accoutumés à une manière dépourvue de relief. Ils font leurs portraits ressemblants, mais peu saillants. Ils saisissent les figures; mais comme ils nont pas su éclairer avantageusement leurs modèles, l'image qu'ils en donnent ne tourne pas et manque de solidité; nous n'en voyons qu'une seule face, que nous avons bientôt assez vue : les contours en sont trop accusés, et quand nous voulons, par la pensée, faire le tour de l'objet, nous sommes tout d'abord avertis de la supercherie de l'artiste. Les sots sont partout des figures plates, froides et propres à inspirer le dégoût : pour qu'ils amusent, il faut que l'auteur y ajoute du sien. Il ne doit pas les présenter sur la scène dans leur costume de tous les jours et dans le négligé malpropre sous lequel ils promènent leurs rêves entre leurs quatre murs. Il faut que rien chez eux ne trahisse la sphère étroite des misérables circonstances de la vie, auxquelles chacun voudrait se sousiraire. L'auteur doit les parer; il doit leur prêter de l'esprit et de la raison, pour pallier la misère de leur sottise; il doit leur donner l'ambition de briller par ce moyen. — « En vérité, disait certaine personne de ma connaissance, je ne comprends pas ce couple de M. Stephan et de Mme Slephanl M. Stephan est riche et bon. Et cependant, il faut que sa chère dame fasse tant d'affaire pour une malheureuse adrienne! Il est vrai que nous tombons souvent en pâmoison pour un rien; mais pas pour un rien pareil! Pour une adrienne neuve!... Ne peut-elle

no VINGT-NEUVIEME SOIREE.

envoyer prendre chez le marchand ce qu'il faut d'étoffe, et s'en faire faire une? Le mari payera, parbleu! il faudra bien qu'il paye! »

— « Assurément, disait une autre. Mais ce n'est pas tout. L'auteur a écrit cela pour nos grand'mèresl Une adriennel Quelle est la femme de cordonnier qui porte encore une adrienne? L'actrice est impardonnable de n'avoir pas un peu corrigé ce brave homme d'auteur. Ne pouvait-elle pas dire une robe ronde, une bénédictine, une respectueuse, à la place d'une adrienne? (J'ai oublié les autres noms; d'ailleurs, je serais bien embarrassé pour les écrire.) — Vous figurez-vous cela? porter une adriennel L'idée seule suffirait pour me faire pâmer. Ce n'est pas seulement l'étoffe la plus nouvelle, après quoi Mme Stephan doit soupirer; il faut bien que la coupe soit aussi à la dernière mode! Autrement, comment croire qu'elle ait pu se pâmer pour si peu? »

— « Et moi, disait une troisième (la plus savante de la société), je trouve très-peu décent que Mme Slephan mette un vêtement qui n'a pas été fait à sa mesure. Mais on voit bien ce qui a contraint l'auteur à commettre ce... comment dirai-je? cet oubli de la délicatesse de notre sexe. C'est l'unité de temps! Il fallait que le vêtement fût prêt, et que Mme Stephan le mît avant la fin de la pièce, et un habit ne peut pas toujours être terminé en vingt-quatre heures.. Et même l'auteur n'avait guère droit de se donner vingt-quatre heures pour une petite pièce de la fin. Car Aristote dit... » — Ici ma savante fut interrompue.

VINGT-NEUVIÈME SOIRÉE. - Mélanide, de la Chaussée. L'Homme à rheure, de H. Hippel. La couleur provinciale dans les comédies allemandes.

Le vingt-neuvième soir (mercredi, 3 juin), après Mêlanide, de la Chaussée, on a joué T Homme à t heure ou l'Homme rangé.

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