‹ Dramaturgie de HambourgChapitre 8 sur 226 · XX INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XX INTRODUCTION

tragédie aucun défaut considérable. Tout y est lié, tout y est soutenu, tout tend directement au but : c'est raction même telle qu'elle a dû se passer. Mais, à en juger par rapport à nous, le trop de simplicité et le spectacle dominant d'un homme aussi tristement malheureux que Philoctète ne peuvent nous faire un plaisir aussi vif que les malheurs plus variés et plus brillants de Nicomède. » Quand notre critique pensait ainsi, quand elle préférait les beautés théâtrales et oratoires de Nicomède aux beautés simples de Philoctète, Lessing n'était-il pas fondé à prétendre qu'elle ne comprenait pas plus le génie grec que notre théâtre n'en reproduisait Tesprit^?

De cette condamnation portée contre la France, il fallait cependant excepter un homme, un penseur original qui, avant Lessing, avait jugé, avec une complète indépendance, la scène de son pays, et que Lessing lui-même reconnaissait comme son prédécesseur et son maître en critique. J'ai nommé Diderot, dont les Allemands de nos jours ne contestent pas absolument l'influence sur l'auteur de la Dramaturgie, mais qu'ils laissent volontiers dans l'ombre, sans lui attribuer toute la part d'initiative qui lui revient. Ce qui est vrai, et ce que la critique allemande a le tort de ne pas dire hautement, c'est que Lessing, de son propre aveu, emprunte à Diderot une partie de ses arguments contre le théâtre français, et que, sans l'exemple de Diderot, il n'aurait été ni si hardi ni si pénétrant dans sa

i . Je ne puis parler si longuement de la tragédie ancienne sans renvoyer le lecteur à un livre devenu classique dans toute l'Europe, aux Éludes de M. Patin sur les tragiques grecs. On trouvera aussi sur ce sujet des vues neuves et pro* fondes dans le récent ouvrage de H. Jules Girard, le Sentiment religieux en Grèce d'Homère à Eschyle,

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