Les liTret eux-mèinet sont fournit au destin
f . Rodogune ne fut représentée qu'en 1646. (Trckl.)
3. Voltaire, l'Ingénu, ch. xii. — Voici les parties principales du jugement du Huron : « Je n'ai guère entendu le commencement, j'ai été révolté du milieu : la dernière scène m'a beaucoup ému, quoiqu'elle paraisse peu Traisemblable ; je ne me suis intéressé pour personne , et je n'ai pas retenu vingt Ters, moi qui les retiens tous quand ils me plaisent,... • Ces Tert4à ne Tont ni à mon oreille ni à mon cœur. • (iVbte du tiraduct9wr,)
CRITIQUES DE RODOODNE. i5d
des tragédies des Grecs et de ses compatriotes du seizième siècle, et celui-là encore trouvait bien à redire à Hodogune^. Enfin, il y a quelques années, il parut un Français, d'ailleurs grand admirateur du nom de Corneille (et la preuve en est qu'étant riche et doué d'un très-bon cœur, il se chargea d'une nièce de ce grand poète, qui se trouvait pauvre et délaissée, la fit élever sous ses yeux, lui apprit à faire de jolis vers, recueillit des aumônes pour elle, écrivit, pour la doter, un grand commentaire très-productif sur les œuvres de son oncle, etc.), et cependant il déclara que Bodogune était un poème très-mal conçu, et qu'il ne comprenait pas, dût le diable l'emporter, comment un aussi grand homme que le grand Corneille avait pu écrire quelque chose de si absurde. — A coup sûr, le dramaturge est allé à l'école auprès d'un de ces critiques, et, selon l'apparence, de celle du dernier; car il va sans dire que c'est d'ordinaire un Français qui ouvre les yeux aux étrangers sur les défauts d'un Français. Évidemment, il ne fait que répéter les paroles de ce dernier; ou si ce n'est pas de ce dernier, c'est au moins de l'Italien, à moins que ce ne soit du Huron. Il faut bien qu'il tienne la chose de quelqu'un. Car, qu'un Allemand pense par lui-même, s'enhardisse de lui-même à douter de la perfection des œuvres d'un Français, qui pourrait se l'imaginer?
J'en dirai davantage sur ces critiques mes prédécesseurs, à propos de la prochaine reprise de Rodogune, Mes lecteurs * désirent avancer, et moi aussi. Cependant, encore un mot de la traduction, à Taide de laquelle la pièce a été représentée. Ce n'était pas la vieille traduction de Bressand, publiée à Wolfenbuettel, mais une traduction entièrement nouvelle, faite ici, et encore inédite : elle est en vers alexandrins. Elle peut soutenir la comparaison avec ce qu'il y a de meilleur dans ce genre; elle est remplie de morceaux fermes et heureux. Mais l'auteur, je le sais, a
I. Nous ne saTons qui est cet Italien : Lening promet d*en reparler, et il n'y revient pai. (IVod.)
iCO TRENTE-SIXIEME SOIREE.
trop d'esprit et de goût pour vouloir se charger une fois de plus d'un travail si ingrat. Pour traduire Corneille, il faudrait être capable de faire les vers mieux que lui-même.
TRENTE-SIXIÈME SOIRÉE. — Soliman Second^ de Favart. Un coate moral de Marroontel , jugé par un critique français. Des faits et des caractères historiques. Des fautes du géoie. Ce qu'il faut dans un caractère. De Soliman et de Roxelane. Favart comparé à Marmontel. Du dessein du conte moral et de celai du drame. La Matrone d^Éphèse mise en drame.
(n° xxxiii', 21 août 1767). — Le trente-sixième soir (vendredi, 3 juillet), en présence encore de S. M. le roi de Danemark, on a joué Soliman 11, comédie de M. Favart.
Jusqu'à quel point l'histoire nous autorise-t-elle à croire que Soliman II s'est épris d'une esclave européenne, et que celle-ci a su si bien l'enchaîner et le mener à sa fantaisie, qu'il s'est vu contraint, contre la coutume de son empire, de contracter avec elle un mariage en forme, et de la proclamer impératrice? Voilà une question que je ne vçux pas discuter. Il suffit que Marmontel ait fondé sur cette anecdote un de ses contes moraux^ Quant à cette esclave, qui ne pouvait guère être qu'une Italienne, il en a fait une Française ; sans doute, il lui a paru tout à fait invraisemblable qu'une beauté autre qu'une Française eût remporté sur le Grand Turc une victoire si rare.
Je ne sais trop que dire du conte de Marmontel. Sans doute, il est conçu avec beaucoup d'esprit, exécuté avec une connaissance parfaite du grand monde, de sa vanité et de ses ridicules, écrit avec l'élégance et la grâce qui sont le privilège de cet auteur; à ce point de vue, il est excellent, charmant. Mais il est donné pour un conte