DE LA FABLE DE MÊROPB
sance heureuse de ce genre précisément chez le poète qui . se servait lé plus volontiers de la péripétie malheureuse ? ' Mais pourquoi serait-ce étrange? Nous avons déjà vu que l'une n'exclut pas l'autre. Bien que, dans Iphigénie, la reconnaissance heureuse vienne après la péripétie malheureuse et que, par suite, la pièce ait un dénoûment heureux, qui sait si, dans les deux autres tragédies, une péripétie malheureuse ne suivait pas la reconnaissance heureuse, et si, par conséquent, ces tragédies ne se terminaient pas de cette manière qui a valu à Euripide le titre du plus tragique des poètes tragiques ?
Pour Mérope, comme je l'ai montré, cela était possible de deux façons; mais le peu de fragments qui nous restent du Cresphonte ne nous permettent pas de conclure sur ce que l'auleur a réellement fait. Ces fragments ne contiennent que des maximes et des pensées morales, que des écrivains postérieurs ont citées par occasion, mais qui ne jetlent pas la moindre lumière sur l'économie delà pièce*. Un seul, qu'on trouve dans Polybe, et qui est une invocation à la déesse de la Paix, semble indiquer qu'au temps où se place l'action, le calme n'était pas encore rétabli dans le royaume de Messénie, et deux autres permettraient presque de conclure que le meurtre de Cresphonte et de ses deux fils aînés a dû former une partie de l'action même, ou tout au moins s'est accompli fort peu de temps auparavant. Or, ces deux conjectures ne s'accordent pas bien avec la reconnaissance du plus jeune fils, qui n'est revenu que plusieurs années après venger son père et ses frères.
La plus grande difficulté, pour moi, se trouve dans le titre même. Si cette reconnaissance et la vengeance du plus jeune fils formaient le sujet principal, comment la pièce pouvait-elle s'appeler Cresphonte? Cresphonte était le nom.du père; quant au fils, il s'appelait, selon les uns, uEpytus, et selon les autres, Téléphonte. Peut-être le pre-
1. Geluifqae Dacier cite (Poétique d*Ariitote, ch. xy, rem. 23), tans sesourenir où il l'a la^ se trouve dans Plutarqne^ Traité de V utilité qu'on peut tirer de tee ennemie. (Note de l'auteur.)
mîer nom était-il le véritable, et l'autre un nom supposé que le jeune homme portait en pays étranger, pour ne point se faire connaître et pour échapper aux pièges de Polyphonte. En tout cas, le père doit être m(5rt depuis très-longtemps, quand le fils se remet en possession de la royauté paternelle. Or, a-t-on jamais entendu parler d'une tragédie portant le nom d'un personnage qui n'y paraît pas • ? Corneille et Dacier se sont tout de suite tirés de cette difficulté, en admettant que le fils s'appelait aussi Cresphonte*; mais sur quel fondement? sur quelle apparence?
Cependant Mafîei se flattait d'avoir fait une découverte qui, si elle est juste, nous permet de nous faire une idée assez exacte du plan de Cresphonte, Il croyait avoir trouvé ce plan chez Hygin, dans sa clxxxiv* fable*. Car il considère en général les Fables d'Hygin comme n'étant autre chose, pour la plus grande partie, que des arguments d'anciennes tragédies; opinion que Reinesius* avait eue déjà avant lui. Il recommande donc aux poètes modernes d'aller puiser des fables de tragédies antiques à cette
1 . On pourrait citer la tragédie de P. Corneille, Pompée^ ou ce personnage ne parait pas sur la scène, et n*en remplit pas moins la pièce^ même après sa mort. {Trad.)
i. Remarque St sur le chapitre xy de ta Poét. d'Aristote. « Une mère qui va tuer son ûis, comme Mérope va tuer Cresphonte, etc. » (Note de l'auteur,)
3. Questa scoperta penso io d'amer fatta, nel leggere la Favola 184 d'igino, la qualc amio credere altro non è, che l'argomento di quella tragedia, in cui si. rappresenta interamente la condotta di essa. Sowienmi, che al primo gettar gli occîii, ch' io feci già in queU' autore, mi apparve subito nella mente, altro non essere le più di quelle favole, che gli argomenti délie tragédie antiche : mi accertai di ci6 col confrontarne alcune poche con le tragédie, che ancora abbiamu; e appunto in questi giorni, venuta a mano l'uUima edizione d'Igino, mi è stato caro di vedere in un passo addotto , come fu anche il Reinesio di tal sentimento. Una miniera è per6 questa di tragici argomenti , che se fosse slata nota a' poeti , non avrebbero penato tanto in rinvenir soggetti a lor fantasia : io la scoprirô loro di buona -voglia, perché rendano col loro ingegno alla nostra età ci6, che dal tempo invidioso le fu rapito. Mérita dunque , almeno per questo capo , alquanto più di considerazione quell' operetta, anche tal quai l'abbiamo, che da gli eruditi non è stato creduto : e quanto al discordar talvolta dagli altri scrittori délie favolose storie, questa avertenza ce ne addita la ragione, non a^endole costui narratc secondo la tradizione, ma conforme i poeti in proprio uso convertcndole , te avean ridotte. (Citation de l'auteur.)