Né à Gotha en 1587, mort en 1667. (Trad
DES FABLES D'HYGIN. ^95
mine abandonnée, plutôt que d'en inventer de nouvelles. Le conseil n'est pas mauvais à suivre. Et plus d'un Ta suivi avant que Maffei le donnât, ou sans savoir qu'il Tavait donné. M. Weisz a tiré de cette mine la matière de son Thyeste, et il s'y trouve encore plus d'une pierre précieuse, qui attend le regard d'un connaisseur. Mais, à ce point de vue, ce n'est pas la plus grande partie de l'ouvrage d'Hygia, mais bien la plus petite, dont on pourrait tirer parti. Il n'est pas non plus nécessaire de supposer que ce recueil ait été formé d'arguments de tragédies anciennes; l'auteur peut très-bien avoir puisé directement ou indirectement aux sources dont se servaient les auteurs tragiques euxmêmes. Hygin, ou quel que soit l'auteur de la compilation, paraît avoir lui-même considéré les tragédies comme des ruisseaux détournés et altérés. Car, en certains endroits, il distingue expressément de l'ancienne tradition, plus digne de foi, les récits qui ne s'appuient que sur l'autorité d'un poëte tragique. C'est ainsi qu'il raconte la fable d'Ino et celle d'Antiope, d'abord d'après la tradition, et ensuite dans un article séparé, d'après la manière dont Euripide les a traitées.
(n** XL, 15 septembre 1767). — Je ne veux pas dire pourtant que la fable clxxxiv ne peut pas être tirée du Cresphonie d'Euripide, parce qu'elle ne porte pas le nom de ce poëte; je suis au contraire tout porté à y reconnaître le progrès et l'intrigue d'une tragédie. Si cette fable n'est point tirée d'un drame, elle en peut aisément fournir un, et même un drame dont le plan se rapprocherait beaucoup plus de la simplicité des anciens que toutes les Métopes modernes. Qu'on en juge. Voici, dans tout son détail, le récit d'Hygin, que je n'ai présenté plus haut qu'en abrégé.
Cresphonte, roi de Messénie, eut de son épouse, Mérope, trois fils. Polyphonte excita un soulèvement contre lui ; Cresphonte y perdit la vie avec les deux aînés de ses fils. Ensuite , Polyphonte s'empara du trône et de la main de Mérope. Celle-ci avait trouvé moyen, pendant le soulèvement, de sauver son
troisième fils, nommé Téléphonie, et de le faire parvenir en lieu de sûreté, chez un hôte qu'elle avait en Étoile. A mesure que Téléphonte grandissait, les inquiétudes de Polyphonte augmentaient. Il n'avait rien de bon à attendre de ce jeune homme : il promit donc une grande récompense à qui l'en débarrasserait. Téléphonte en fut instruit; et se sentant capable d'entreprendre sa vengeance, il partit secrètement d'Étolie, passa en Messénie, vint trouver le tyran, lui dit qu'il avait tué Téléphonte , et réclama le salaire promis pour ce meurtre. Polyphonte l'accueillit, et ordonna qu'on lui donnât l'hospitalité dans le palais, jusqu'à ce qu'il pût l'interroger à loisir. Téléphonte fut donc conduit dans la chambre des hôtes, où il s'endormit de fatigue. Pendant ce temps, le vieux serviteur, dont la mère et le fils s'étaient servis jusqu'alors pour correspondre ensemble, vint tout en larmes trouver Mérope, et lui annonça que Téléphonte était sorti d'Étolie , sans qu'on sût où il était allé. Aussitôt Mérope, qui n'ignorait pas de quoi l'étranger s'était vanté , court, une hache à la main, dans la chambre des hôtes : elle allait infailliblement le tuer dans son sommeil, si le vieillard, qui l'avait suivie, n'avait reconnu à temps le fils «t empêché la mère d'accomplir l'attentat. Tous deux aussitôt firent cause commune. Mérope feignit de s'apaiser et de se réconcilier avec Polyphonte. Celui-ci se crut arrivé au terme •de tous ses vœux , et voulut en témoigner sa reconnaissance aux dieux par un sacrifice solennel. Mais au moment où tout le monde était rassemblé autour de l'autel , Téléphonte dirigea sur le roi le coup dont il feignait de vouloir immoler la victime; le tyran tomba, et Téléphonte rentra en possession du trône paternel*.
Dès le seizième siècle, deux poètes italiens, Jean-Baptiste Liviera et Pomponio Torelli, avaient pris le sujet de leurs tragédies de Cresphonte et de Mérope dans cette fable d'flygin, et avaient ainsi, selon ropinion de Maflfei, marché sur les traces d*Euripide sans le savoir. Cependant, en dépit de cette conviction, Maffei lui-même n'a nullement voulu faire de son ouvrage une simple resti-
1 . Nous retranchons ici une longue note de l'auteur sur la manière dont il faut lire le texte de la fable 184 et de la fable 187 d'Hygni. Les érudits que ces questions intéressent pourront retourner àroriginal. {Tra^l.)
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