CHAPITRE m
Le drame grec.
Nous avons montré ce que, de par sa déflliition, l'art dramatique peut être ; nous n'avons pas dit qu'il soit, ni qu'à aucun moment il eût été cela. On le comprend très facilement. Le Théâtre pouvant appeler à son service toutes les sortes d'art, aurait besoin, pour s'étaler en sa plénitude, d'un moment exquis dans l'histoire de la civilisation, où tous les arts seraient parvenus à leur degré de perfection. 11 est donc probable qu'à prendre les choses non plus théoriquement, mais dans la réalité même, nous ne trouverons ni aucun pays ni aucun temps où l'art dramatique ait été ce que nous avons dit que, de soi, il pouvait être.
Et cependant, chose assez remarquable, c'est chez les Grecs où l'art du décor semble avoir été assez primitif, et où la musique était loin de son dernier degré de développement, que Tart dramatique a été plus qu'ailleurs une harmonieuse union de tous les arts, subordonnés à la poésie, dans le dessein de peindre la vie humaine.
L'art dramatique, chez les Grecs, est à la fois art plastique, art épique, art rythmique.
La musique y a toujours été intimement unie à la parole. La tragédie grecque a commencé par être un récit épique chanté et dansé, le dithyrambe. Elle est toujours restée môlée de chants et dévolutions rythmiques. Le rythme a toujours été pour elle comme un auxiliaire tenu pour indispensable. Musique imparfaite, sans doute, et qui devait l'être, qui ne pouvait être qu'une sorte d'accompagnement aux paroles, et peu envahissant, puisque
les parties de la trag(klie les plus propres par leur caractère à s'unir avec la musique, j'entends les chœurs, sont en même temps les plus soignés de style, et les plus difficiles à bien entendre, et parlant, ne devaient pas être couvertes par une musique trop fournie et trop riche. Toujours est-il que la seule présence de la mélopée donne à la tragédie grecque un caractère tout particulier, que cet accompagnement musical, elle Ta toujours gardé, et, qu'écrivant en un temps bien éloigné du primitif dithyrambe, bien éloigné encore de Tâge classique de la tragédie grecque, Aristote ne manque pas de donner la mélopée comme Tune des six parties constitutives et nécessaires de toute tragédie.
Plastique, la tragédie grecque Test au plus haut point, et c'est devenu une banalité que de le signaler. « La grande longueur du Théâtre et son peu de profondeur, dit Schlegel», donnaient à la réunion des figures qui s'y développaient sur une même ligne, l'ordonnance simple et distincte d'un bas-relief... Les gestes accompagnaient le rythme et la déclamation, et on cherchait à leur donner le plus haut degré de noblesse et de grâce. » — Patin a fait avec beaucoup d'insistance et beaucoup de bonheur la