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Hegel, ouvrage cité

Dès que la musique est parlée, nous pouvons suivre la succession des senlimcnls qu'elle exprime. Ces sentiments, flottant tout à l'heure comme dans un monde où rien n'est avant et rien n'est après, prennent maintenant leur ordre de marche et défilent devant nous les uns après les autres. La notion du temps a reparu distincte. La parole ajoutée à la musique, c'est la narration de la musique.

Dès que la musique est dansée, nous voyons s'étaler dansl'espace les mouvements qu'elleexprime. Ces mouvements, tout à l'heure seulement sentis, prennent corps et se mesurent des yeux. La musique est dessinée par la danse; la danse est la peinture de la musique.

On voit mieux peut-être que tout à l'heure que la musique est l'art qui est le plus en dehors de l'espace et du temps, et qui est le plus capable de jeter l'âme en dehors du temps et de l'espace. C'est la moins imparfaite expression de l'infini.

En résumé trois grandes formes de l'art.

L'une fait voir, l'autre fait penser, l'autre fait sentir.

L'une synthétise dans l'espace et analyse dans le temps; l'autre synthétise dans le temps et analyse dans l'espace ; l'autre synthétise hors de l'espace et du temps.

Ces arts se limitent les uns les autres, mais non d'une manière absolue.

Ils peuvent en certaine mesure se pénétrer les uns les autres et se substituer les uns aux autres.

Il en résulte qu'ils peuvent s'unir et qu'ils peuvent s'entr'aider. Si les limites qui les séparent étaient absolues et que l'un d'eux ne pût en aucune mesure remplir l'objet de l'autre, ils resteraient éternellement étrangers et indépendants les uns des autres. Ce qui le prouve, c'est que cela est vrai en efîet des arts placés aux extrémités opposées. De ce que la musique, comme le plus spirituel des arts, ne peut empiéter sur la scuplture et ne saurait donner l'idée d'une forme accusée, il s'ensuit que sculpture et musique n'ont point d'alliance à faire entre elles et ne peuvent se prêter un appui efficace. Mais de proche en proche, entre arts moins éloignés les uns des autres, la pénétration pouvant avoir lieu, l'union peut se faire et le concours a un but commun.

Prenons par exemple la musique : nous avons vu qu'elle s'allie tout naturellement à la danse. Ces deux arls se pénètrent mutuellement, partant peu-

vent sunir. De deux arts distincts, voilà un nouvel art, complexe, qui naît.

Mais remarquons tout de suite une chose fort importante. Dès que deux arts s'unissent, il faut qu'il y en ait un qui prenne le pas devant et auquel l'autre se subordonne. Ceci est une condition nécessaire de l'art. L'art est unité. Il est en soi un effort pour ramener à une certaine espèce d'unité, harmonieuse et exquise, la diversité et le pêle-mêle apparent de la nature. Dès que deux arts s'unissent, il faut que, dans cette complexité, l'unité se retrouve encore. L'unité dans la complexité c'est la subordination. De deux arts unis, il y en aura donc un qui sera à la discrétion de l'autre et ne servira qu'aux desseins de celui-ci. Dans le présent exemple, la danse, qui est en soi une expression harmonieuse des belles lignes mouvantes et des beaux groupes mouvants, deviendra surtout une traduction de la musique en mouvements visibles. La musique aura confisqué à son profit les moyens d'action de la danse.

Il en ira de même de la musique unie à la parole. Il faudra que l'un des deux l'emporte très distinctement. Ce pourra être la parole. Dans un vaudeville mêlé de couplets par exemple, la musique n'est ^u'un accessoire, la parole garde le premier rang :

nous sommes dans un ouvrage littéraire. L'unité est maintenue par la subordination. — Ce pourra être, ce sera le plus souvent la musique. Dans un véritable opéra la musique dominera sans qu'il puisse et sans qu'il doive y avoir incertitude dans l'esprit de l'auditeur. En ce cas, la musique obligera la parole à prendre le caractère de la musique, j'entends à n'exprimer que des idées et des sentiments très généraux. On voit quelle déviation la musique impose à la parole, en l'attirant à soi. D'instrument d'analyse elle la force à devenir presque l'expression d'une synthèse. C'est que la musique ellemême est synthèse, et qu'ici la parole, comme tout à l'heure la danse, est devenue une traduction de la musique. Comme tout à l'heure la danse traduisait la musique en mouvements visibles, maintenant la parole traduit la musique en idées claires, et n'a pas d'autre office.

A l'autre extrémité de l'échelle des arts, nous pouvons voir mêmes combinaisons. Sculpture et peinture chez les Grecs s'associaient, la peinture très subordonnée d'ailleurs à la sculpture, et ne servant qu'à échauffer et animer le froid, un peu trop austère, à leur gré, de leurs statues. Sculpture et architecture s'associent de même; mais ici, en sens inverse : c'est la sculpture qui devient l'accès-

soire et se subordonne à l'efTet d'ensemble, à l'impression générale que le monument doit produire.

Ce sont là des associations de deux arts ensemble. Il y en a de plusieurs arts s'unissant pour concourir au même but. Nous avons vu la musique s'associant à la danse et la musique s'associant à la parole. Musique, danse et parole peuvent s'associer, et former un nouvel art plus complexe que tous ceux que nous avons considérés jusqu'ici.

Nous avons vu la sculpture s'associant à la peinture et la sculpture s'associant à l'architecture. Architecture, sculpture et peinture peuvent s'associer, et nous présenter un objet d'art plus complexe, plus riche et d'une plénitude plus achevée que tout ce que nous avons encore rencontré.

Mais ici la loi de l'union des arts se retrouve plus nette et s'impose plus que jamais, et, des trois arts, il faut qu'il y en ait un qui, d'une manière très distincte et tranchée, domine dans l'ensemble. Une cathédrale où statues au dehors, peintures au dedans, seraient multipliées au point de faire perdre à l'œil et oublier à l'esprit l'harmonie imposante ou la hardiesse gracieuse des lignes architecturales, serait un monument mal entendu. Il aurait l'air non d'une cathédrale, mais d'un musée.

On voit la possibilité de l'association des arts et

l'on voit la condition de cette union, la loi de cette société. — Remarquons une chose cependant, c'est qu'au point de vue nouveau où nous nous sommes placés, il semble qu'une nouvelle répartition des arts se soit faite à nos yeux, et qu'une nouvelle ligne de démarcation se soit tracée. Plus haut nous divisions les arts en épiques, plastiques, rythmiques. Voici maintenant que, regardant les arts en tant que pouvant s'associer les uns aux autres, nous observons deux catégories qui paraissent bien tranchées. Ici tous les arts du dessin, qui s'unissent très bien entre eux, là tous les autres arts, qui eux aussi, entre eux, s'associent très facilement.

Et entre ces deux grands groupes y a-t-il trait d'union?

Peut-il exister un art, singulièrement complexe et souverainement synthétique, qui soit capable d'unir formes visibles, idées, mouvements rythmiques; le dessin, la parole, la mélodie; la ligne, le mot, la note; et nous présenter ainsi : la pensée avec sa forme matérielle et avec son mouvement; la forme sensible avec l'idée dont elle n*est souvent que le signe et avec le sentiment que souvent elle ne fait que traduire; le sentiment avec l'idée qu'il accompagne et le geste qu'il inspire; en un mot la vie tout entière

SOUS toutes les formes par lesquelles elle se manifeste?

Certes, si cet art existe, il doit être l'expression la plus vaste de Tart humain, étant la peinture la plus complète de la vie.

Cet art existe. C'est l'art dramatique.

Examinons ce qu'est en soi Tart dramatique. Si îa définition de Tart dramatique n'exclut aucune forme de l'art, nous serons appelés à nous demander s'il n'est pas capable de les embrasser toutes. La •conséquence ne sera pas forcée ; mais elle sera possible.

Le Théâtre est un art qui se propose de peindre fla vie humaine, ayant pour moyen d'exécution des liommes vivant d'une vie d'emprunt devant d'autres hommes assemblés pour les voir.

Voilà le but, voilà les moyens. La définition de l'art dont il s'agit est faite.

Par son but l'art, ainsi défini, n'exclut aucune forme de l'art. Le but est la vie humaine. La vie humaine, à la considérer en elle-môme, esf, forme par le corps, idée par l'esprit, mouvement matériel par la vie, mouvement moral par le cœur. — Elle peut se présenter aux yeux, s'analyser et se faire com-

prendre par la parole à rintelligence, frémir et vibrer de tous ses mouvements intimes à Toreille par le son. — Considérée relativement à ses entours, elle a pour cortège naturel, pour cadre presque nécessaire, la nature, où sa destinée la jetée, les habitations qu'elle a faites à son usage et un peu à- sa ressemblance. Arts du dessin, arts de la parole, art^ du rythme, la peinture de la vie humaine n'exclut donc rien, et il semble déjà qu'elle réclame tout.

Par ses moyens d'exécution, l'art défini plus haut n'exclut aucune forme de l'art. Les moyens d'exécution sont des hommes mêmes, et non plus une matière ou un son. Pour représenter la vie, des hommes n'ont plus à leur service, comme la matière seulement des formes, comme le son seulement des paroles et des rythmes. Ils ont rythmes, paroles et formes tout ensemble. Ils peuvent se montrer, ils peuvent parler, ils peuvent chanter, ils peuvent danser.

Ajoutons que par cela seul qu'ils sont réalités vivantes et non images, il leur faut une atmosphère et des alentours. Par cela seul qu'ils sont, il faut qu'ils soient quelque part. Ce quelque part est une scène, cadre, qui devra être aussi vivant que possible, d'une peinture vivante, et qui partant, à son tour, comporte, sinon réclame, images de la nature,

images des habitations humaines, c'est-à-dire peinture et architecture. Arts du rythme, arts de la parole, arts du dessin, le moyen d'exécution employé par l'art dramatique n'exclut donc rien, et il semble •déjà qu'il ait besoin de tout.

Ainsi se trouve comblé l'abîme que nous voyions tout à l'heure entre les arts plastiques d'une part et les arts épiques et rythmiques de l'autre. La matière présentait un côté de la vie, et tous les arts qui employaient la matière s'associaient aisément. Le son présentait une autre partie de la vie, et tous les arts qui employaient le son s'accommodaient facilement ensemble. Mais entre les arts du son et les arts de la matière, l'on ne voyait pas d'association possible. — Pour que tout pût se combiner, arts de la matière et arts du son, il a fallu que l'homme, que l'artiste se fît moyen d'exécution lui-même^ et alors le moyen d'exécution s'est prêté à toutes les formes de l'art, et l'art exprimant la vie tout entière a été trouvé.

L'on peut prévoir que les conséquences sont nombreuses et importantes.

Nous avons remarqué d'abord, traitant de la répartition des arts, que, si les arts peuvent empiéter les uns sur les autres et se pénétrer les uns les autres, ce qui précisément leur permet de s'associer, encore est-il qu'à trop empiéter sur l'art voisin un art subit une sorte de dégradation et d'amoindrissement. De là une grande gêne pour l'art isolé et simple, n'ayant à son service qu'un moyen d'exécution. Il est toujours placé entre son désir naturel de tout exprimer, et la nécessité où les limites de ses moyens d'exécution le mettent de n'exprimer qu'une seule chose. Le peintre veut être moraliste et ne le peut être que dans de très étroites limites, et à trop vouloir l'être, il risque de devenir mauvais peintre, sans devenir moraliste exact. Le poète veut être peintre et ne le peut être que dans une mesure bien petite, et à trop vouloir l'être, il risque de devenir

froid poète, sans devenirbon peintre. — Ainsi desuite.

L'art complexe qu'on appelle le Théâtre n'a point ces impuissances. De ce que les arts peuvent se pénétrer les uns les autres, il en proflte pour les associer; mais il n'a aucun besoin qu'un des arts qu'il emploie empiète sur l'autre. L'objet qu'il ne pourrait pas exprimer ou qu'il exprimerait incomplètement avec un art, il l'exprimera avec un autre. Là où le poète, pour mettre ses personnages en leur cadre, écrirait une description de dix vers, toujours incomplète, toujours relativement incolore, l'art dramatique appellera la peinture à son aide. Là où le poète, pour exprimer l'allure plus ou moins rapide ou languissante d'un mouvement de l'âme, avait recours aux artifices les plus heureux, toujours impuissants, de sa rythmique, l'Art dramatique trouvera le puissant appui de la musique elle-même. Les arts garderont chez lui leurs limites et toutes leurs forces propres dans leurs limites. Ils ne j)araîtront ni impuissants pour ne pas rendre tout, ni téméraires et dévoyés pour vouloir tout rendre.

Nous avons remarqué encore que, comparés aux arts du dessin, les arts de la parole avaient celte supériorité de pouvoir embrasser un ensemble dans la durée, et cette infériorité de ne pouvoir saisir l'espace que point par point; que, comparés aux

arts de la parole, les arts du dessin avaient cette supériorité de pouvoir embrasser un ensemble dans Tespace, et cette infériorité de ne pouvoir donner qu'un point de la durée; qu'enfin, comparée aux autres arts, la musique avait à la fois cette supériorité qu'elle se soustrait presque aux conditions de l'espace et du temps et cette infériorité que, ni elle ne raconte l'un, ni elle ne peint l'autre.

L'Art dramatique, lui, aura tous les avantages de ces différents arts et n'aura aucun de leurs inconvénients. Pouvant à la fois peindre et raconter, si la peinture a un ensemble dans l'espace et la parole un ensemble dans le temps, l'Art dramatique aura à la fois un ensemble dans le temps et un ensemble dans l'espace. Il pourra présenter et aux yeux des tableaux qui se renouvellent et à la pensée une action vue d'ensemble dans l'espace. Apollon sera vu d'un seul coup d'œil, d'une sensation unique, s'élançant des cimes de l'Olympe ; effet que, seule, la peinture pouvait produire. Mais Apollon sera vu aussi dans tous ses mouvements successifs, marchant, s'arretant, tendant son arc sans sortir du cadre, effet que, seule, la parole pouvait atteindre.

Enfin ce qui en nous ne peut être, ne veut être ni trop exactement marqué à une place dans l'espace, le mouvement de l'âme à la fois puissant et vague,

qui doit être senti, et qui ne doit pas être précisé, TArt dramatique aura la musique pour le faire sentir à la fois dans tout ce qu'il a de profond et dans tout ce qu'il a d'indéterminé. Par exemple, en un moment où les groupes, les attitudes et les gestes des personnages en scène marquent une situation difficile et pénible, où les paroles prononcées par les personnages expriment une pensée douloureuse, la musique pourra indiquer un sentiment tumultueux et violent de colère et de révolte qui gronde déjà dans les profondeurs des âmes, mais qui ne s'est pas encore précisé en une pensée, et qui, partant, n'est pas encore venu jusqu'aux lèvres.

Il n'est donc pas contraire à la définition de l'Art dramatique (car c'est tout ce que je veux prouver jusqu'à présent) que cet art touche à tous les autres et les embrasse tous. Il n'est pas contraire à la définition de l'Art dramatique qu'il synthétise dans l'espace comme la peinture, qu'il synthétise dans le temps comme la parole, qu'il synthétise hors du temps et de l'espace comme la musique; qu'il unisse tous les arts, sans avoir besoin qu'ils empiètent les uns sur les autres, et par suite en laissant à chacun d'eux toute sa force et toute sa dignité, en une vaste, puissante et harmonieuse synthèse où la vie entière et l'art tout entier se trouvent embrassés.

YII

Ceci soit dit pour ce qui est de Fassociation des arts au sein de Tart complexe qui est le théâtre.

Mais nous avons vu qu'en tout art complexe, Timportant n'est pas d'associer les arts; mais de les subordonner tous à un principal, pour satisfaire à la loi suprême de Tart, l'unité. Ici la difficulté devient grande en raison de la complexité du nouvel art que nous considérons.

En effet, si un art simple et isolé est gêné par son impuissance, un art complexe est gêné à son tour par la multiplicité de ses moyens d'exécution; et, à mesure que l'art devient plus complexe, ce qu'il gagne en liberté, le péril est grand qu'il le perde en unité. Il importe donc à l'art dramatique, plus qu'à tout autre, de bien savoir, de tous les arts qu'il peut appeler à son service, quel est celui qui devra être comme le chef de chœur de tous les autres.

Il est évident qu'au Théâtre l'art central, si je

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puis dire, sera celui qui, fût-il seul, remplirait déjà, d'une manière incomplète sans doute, mais d'une manière suffisante, le dessein que le Théâtre se propose. Or, quel est le dessein du Théâtre? Nous avons dit que c'est de peindre la vie humaine. Or qu'est-ce que la vie humaine? — Ce sont des actions. L'homme est un être qui agit, qui prend conscience de lui-même dans l'acte. — Est-ce bien vrai? L'action est-elle le fond de la vie humaine? N'est-il pas vrai plutôt de dire qu'elle en est l'expression dernière, le résultat final, la conséquence visible? Que l'homme vit dans ses sentiments, dans ses pensées, dans ses croyances, dans ses préjugés, dans ses passions, dans ses désirs, dans ses ambitions, dans ses joies et dans ses tristesses, pour tout dire, en un mot, dans ses mœurs ; que c'est là le fond de l'homme, et que l'acte n'est que la suite de tout cela? Que, par conséquent, le fond de la vie humaine c'est les mœurs, dont les actions ne sont que le signe?

— Mais si l'action est le signe des mœurs, étant question d'art, c'est-à-dire d'imitation et de peinture, le signe seul importe, et nous voilà revenus à dire, qu'au point de vue du théâtre, l'action est le fond de la vie humaine. — Oui, si les mœurs n'avaient pas d'autre signe, pas d'autres moyens d'expression que les actes. Mais, précisément parce que nous

sommes au Théàlrc où tous les autres moyens d'expression sont à notre disposition, où nous avons cet autre signe des mœurs qui est les paroles, cet autre signe des mœurs qui est les gestes et les attitudes, cet autre signe des mœurs qui est la mélopée; nous pouvons dire que si le fond de la vie humaine est les mœurs humaines, le but du Théâtre est de peindre les mœurs ; et que si le but du Théâtre est dépeindre les mœurs, Tari plus spécialement propre à peindre les mœurs doit sans doute être un art littéraire.

Tout ce que nous avons remarqué jusqu'à présent va le prouver. Les mœurs sont manières de penser et manières de sentir. Pour en démêler la trame infiniment délicate et subtile, il faut, avant tout, un exact et précis instrument d'analyse. Cet instrument est la parole. Le mot, net, clair, riche de sens, c'est le pinceau du moraliste. L'art dramatique sera donc, avant tout, un art littéraire.

Autour de cet art viendront se grouper tous les autres, mais avec le caractère de subordonnés, et l'habileté sera de leur garder soigneusement ce caractère, et le péril sera de les laisser en prendre un autre.

Dès que la peinture, forte et précise, des mœurs sera couverte cl offusquée parTexpression générale

des sentiments vagues, c'est-à-dire par la musique, Tart dramatique deviendra art musical et au lieu d'être dans le drame, nous serons dans l'opéra. Dès que la peinture des mœurs sera reléguée dans l'ombre par l'expression des formes matérielles, la disposition harmonieuse des poses et des groupes, la peinture trop complaisante des beautés naturelles, l'art dramatique deviendra art plastique, et nous serons, non plus dans le drame, mais dans un genre particulier du spectacle, la féerie par exemple.

Nous dirons donc que l'art dramatique est un art littéraire," ayant pour but de peindre la vie humaine, qui peut appeler à lui, comme auxiliaires, tous les autres arts pour compléter cette peinture.

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