Aristole, Poétique, XVIII
vient à ne plus vouloir entendre au théâtre que les parties iambiques. C'est le sens même de l'antique tragédie qui s'est perdu.
On le retrouve à Rome bien diminué et comme éteint. Dans la tragédie d'Ennius, le chœur existe, mais déchu et languissant. Gomme un roi détrôné, il n'a plus sa place d'honneur ni dans le théâtre, ni dans le drame. Plus d'orchestre où il puisse s'étaler en ces évolutions harmonieuses auxquelles répondait la distribution de ses chants en strophes, antistrophes et épodes. Il chante sur la scène, sans doute, par la bouche du Coryphée, quand la scène est vide, sans se mêler au dialogue des acteurs, comme il faisait jadis, acteur lui-même. Comme au temps d'Agalhon, plus peut-être, il n'est qu'un souvenir, une tradition, non un organe vivant nécessaire; comme au temps des Alexandrins sans doute, il est écouté avec ennui. — Si le chœur à Rome est efîacé, les morceaux lyriques chantés par les acteurs euxmêmes existent encore et semblent avoir été goûtés. Cicéron nous parle de ces cantica où le talent de l'acteur Esopus se développait avec complaisance et avec succès ^
i. De Oratore, III, 26. Cf. Patin, Eludes sur la poésie latines Ennius, Cicéron; Woliï, De Canlico in Romanorum fabuli, sce niais.
Ce reste de la poésie lyrique mêlée à la dramatique, ces monologues lyriques, on n'en trouvera plus dans notre tragédie française, que quelques essais [Polyeucte^ Cid, Athalie)^ assez timides et peu imités. Le mouvement est continu, qui dégage peu à peu, de plus en plus, le drame proprement dit de tout mélange étranger, au risque de l'appauvrir et de lui retirer la vie.
Tels sont les changements par lesquels a passé la tragédie antique, et telles sont les diverses formes sous lesquelles elle devait se présenter à l'étude, à Tadmiration et à l'imitation des modernes.