CHAPITRE IV
Le drame moderne.
Quatre peuples modernes, aux x\^ et xvi'' siècles, lurent, étudièrent et commentèrent avidement les œuvres dramatiques léguées par l'antiquité. Ce furent les Italiens, les Espagnols, les Anglais et les Français. Selon les instincts de leur race, après avoir passé tous les quatre par cette éducation commune, ils ont pris, les uns et les autres, les directions les plus différentes. L'ignorance n'a été chez aucun d'eux la cause de la déviation qu'ils ont imposée à l'art dramatique. Tous les quatre, au même degré, ont connu l'art antique, et chez tous, les lettrés et les érudits ont fait l'éducation des poètes. Chez tous une période de travail critique a précédé la période de production dramatique. La chose est plus que connue pour ce qui est des Ita-
DHAME ANCIEN, OBAME MODERNE. * 1
liens. Les Espagnols, qui sont restés plus à l'écart du mouvement de la Renaissance, n'en connaissaient pas moins les modèles du théâtre antique, au moment même qu'ils s'en écartaient le plus. Nous avons l'aveu de leurs poètes eux-mêmes. « Quand j'ai à écrire quelque comédie, dit Cervantes, j enferme sous six clefs tous les préceptes de l'art, je sors Térence et Plaute de ma bibliothèque pour qu'ils ne m'accusent pas; car souvent la vérité crie à travers les livres muets. » Les savants espagnols du xvi*" siècle soutenaient avec la plus grande ferveur à cette époque la poétique d'Aristote ^ et n'auraient pas été éloignés sans doute, comme le chanoine de Tolède que l'on voit dans Don Quichotte, d'établir un magistrat chargé d'interdire les comédies qui s'écartaient des lois de la poétique classique.
Bien avant que Shakespeare fût monté sur la scène, les lettrés anglais avaient passionnément étudié le théâtre antique et passionnément aussi en avaient recommandé l'imitation '. Enfin on sait de quel immense travail d'études critiques sortit notre théâtre du xvi^ siècle.