‹ Drame ancien, drame moderneChapitre 19 sur 31 · Ibid., Cinna · texte numérisé non relu

Ibid., Cinna

confidents? » — Voyez-vous Auguste se traitant de u bourreau » devant toute sa « cour » assemblée? Voilà pourtant à quels contresens un homme d'un goût exquis se trouve amené par la répugnance invincible qui s'est développée dans l'esprit français à l'endroit de toute intervention, si légère fût-elle, et même apparente, de la poésie lyrique dans la composition dramatique.

- Le mélange du genre épique avec le genre dramatique nous est plus antipathique encore. L'épique chez les Grecs est un accessoire important de la tragédie, chez les Anglais il en est le fond même. Le tragique grec enrichit un fond très simple d'amples et nombreuses narrations homériques, et ne rencontre point le genre épique sur sa route qu'il ne lui fasse une large place. Le tragique anglais prend tout simplement une épopée et la découpe en scènes. Les Français, non seulement ne font pas de l'épique la matière du dramatique comme les Anglais, mais encore ils ne veulent pas qu'il intervienne dans le drame, comme chez les Grecs. Ils le repoussent et comme fond et comme accessoire.

Le drame grec, rapproché de l'anglais, paraît avare de développements épiques, il en paraît prodigue, rapproché du nôtre. Là où les Anglais ont cru

devoir étendre, nous avons cru devoir restreindre.*^ Quand nous comparons la tragédie grecque à l'anglaise, nous disons : une épopée est trop pour le tragique grec, il prend un épisode; un épisode est trop, il prend une crise. Du drame grec comparé au drame anglais, cela est vrai. Du drame grec comparé au drame français, cela n'est plus vrai. Ce drame grec mêlé d'épique en une mesure que tout à l'heure nous trouvions restreinte, nous en bannissons encore la partie épique qu'il admettait. Nous ne le faisons pas plus simple en son fond; ce serait impossible. Mais les fragments d'épopée qu'il entraînait avec lui en son cours, nous les écartons comme matière étrangère et encombrante. Plus de longs récits, plus de souvenirs s'étalant largement en belles nappes de poésie homérique. Ce n'est pas nous qui permettrions à Electre, éclatant en imprécations contre sa mère, de raconter l'histoire du sacrifice d'Iphigénie depuis le meurtre du cerf sacré et la colère d'Artemis jusqu'au sanglant dénoûment qui permit aux Grecs de voguer vers Ilion. Une tragédie n'est pas une épopée , une .^ comédie n'est pas un roman , disons-nous sans -^ cesse; et dès que le poète perd de vue cette distinction rigoureuse nous crions à la confusion des genres.

Corneille qui connaissait son public français, disons mieux, qui était français, resserre et ramasse le drame de Castro jusqu'à le rendre invraisemblable en sa suite précipitée. Et pourtant aux yeux de Voltaire le Cid n'est pas une tragédie régulière % encore moins Horace ^; et tout le long du Commentaire, nous l'entendons s'écrier : Plus vite, plus vite! « Toutes les tragédies françaises sont trop longues ^ »

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