DOUA 80I
Oh 1 que vous êtes bon pour une pauvre femme , Hernani de mon cœur !
HERNANI
Quel est ce nom , madame?
Oh! ne me nomme plus de ce nom , par pitié I Tu me fais souvenir que j'ai tout oublié !
Je sais qu'il existait autrefois , dans un rêve , Un Hernani , dont Tœil avait Féclair du glaive , Un homme de la nuit et des monts , un proscrit ' Sur qui le mot Vengeance était partout écrit ! Un malheureux traînant après lui Tanathème !
Mais je ne connais pas ce Hernani. — Moi, j'aime Les prés , les fleurs , les bois, le chant du rossignol. Je suis Jean d'Aragon , mari de dona Sol I Je suis heureux !
Je suis heureuse!
UËKNANI.
Que m'importe
2lî2 HERNANL
Les haillons qu^en entrant j^ai laissés à la porte!
Voici que je reviens à mon palais en deuil.
Un ange du Seigneur m^attendait sur le seuil.
J^entre, et remets debout les colonnes brisées,
Je rallume le feu , je rouvre les croisées y
Je fais arracher Therbe au pavé de la cour ,
Je ne suis plus que joie , enchantement, amour,
Qu^on me rende mes tours, mes donjons, n^es bastilles,
Mon panache , mon siège au conseil des Castilles ,
Vienne ma dona Sol rouge et le front baissé,
Qu^on nous laisse tous deux , et le reste est passé !
Je n'ai rien vu , rien dit , rien fait , je recommence ,
J'efface tout, j'oublie I Ou sagesse ou démence.
Je vous ai , je vous aime , et vous étés mon bien !
DONA SOL
Que sur ce velours noir ce collier d'or fait bien !
HERNANI
Vous vîtes avant moi le roi mis de la sorte.
DONA SOL
Je n'ai pas remarqué. — Tout autre, que m'importe! Puis , est-ce le velours ou le satin encor ?
Non, mon duc. C'est ton cou qui sied au collier d'or I Vous êtes noble et fier , monseigneur.