SCÈNE IV
LA REINE, JANE, GILBERT derrière le rideau.
LA REINE
Approche, jeunefille, tu sais qui nous sommes?
JANE
Oui, madame.
LA fiEINE.
Tu sais quel est l'homme qui t'a séduite?
JANE
Oui, madame.
LA REINE
Il t'avait trompée? il s'était fait passer pour un gentilhomme nommé Amyas Pawlet?
tQ% MARIE TUDOR.
JANE
Oui, madame.
Tu sais maintenant que c'est Fabiano Fabiani, comte de Glanbrassil S^
JANE
Oui, madame.
LA REINE
Cette nuit, quand on est venu te saisir dans ta maison, tu lui avais donné rendez-vous, tu Fat-tendais?
.^ANE, joignant les matnft.
Mon Dieu, madame !
LA REINE
Réponds.
JANE, d'une voix faible»
Oui.
LA REINE
Tu sais qu'il n'y a plus rien à espérer ni pour lui , ni pour toi?
JANE
Que la mort. C'est une espérance.
LA REINE
Raconte-moi toute l'aventure. Où as-tu rencontré cet homme pour la première fois ?
JANE
La première fois que je l'ai vu, c'était. ;. —-Mais à quoi bon tout cela? Une malheureuse fille du peuple, pauvre et vaine , folle et coquette, amoureuse de parures et de beaux dehors, qui se laisse éblouir par labelle mise d'un grand seigneur. Yoilà tout. Je suis séduite , je suis déshonorée , je suis perdue. Je n'ai rien à ajouter à cela. Mon Dieu ! vous ne voyez donc pas que chaque mot que je dis me fait mourir, madame.
LA REINE
C'est bien.
JANÈ.
Oh I votre colère est terrible, je le gaie, inadame. Ma tête ploie d'avance sous le châtiment que voua me préparez...
LA REINE
Moi ! un châtiment pour toi! est-ce que je m'occupe de toi, folle! qui es-tu, malheureuse créature, pour que la reine s'occupe de toi? Non, mon affaire , c'est Fabiano. Quant à toi , femme, c'est un autre que moi qui se chargera de te punir.
JANE
Eh bim, madame, quel que soit celui que vous -en chargiez, quel que soit le châtimait, je sùbirsâ tout gaustiiejrfaiadre, je vjous remercierai. môme^ si Toûsavesi pitié d'une prière qtie je vaisToUs fimre« Il y a un homme qui m'a prise orpheline aii.bët^* ceau, qui m'a adoptée^ qui lii'a élevée , qui m!û nourrie, qui lii'a aimée et qui m'aime eûcare; un hpmme dont je stiis bien indigne ^ envers qui j!ai été bien criminelle, et dont l'image est pourtant au fond de mon cœur chère, auguste et sacrée comme celle de Dieu ; un homme qui sans doute à l'heure où je vous parle trouve sa maison vidé et
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abandonnée, et dévastée , et n'y comprend rien et s'arrache les cheveux de désespoir. Hé bien, ce que je demande à votre majesté , madame , c'est qu'il n'y comprenne jamais rien , c'est que je disparaisse sans qu'il sache jamais ce que je suis devenue , ni ce que j'ai fait, ni ce que vous avez fait de moi. Hélas , mon Dieu ! je ne sais pas si je me fais bien comprendre ; mais vous devez sentir que j'ai là un ami, un noble et généreux ami , — pauvre Gilbert ! oh oui , c'est bien vrai ! — qui m'estime et qui me croit pure , et que je ne veux pas qu'il me haïsse et qu'il me faiéprise... — vous me comprenez, n'est-ce pas , madame? l'estime de cet homme , c'est pour moi bien plus que la vie, allez! et puis, cela lui ferait un si afireux chagrin ! Tant de surprise ! il n'y croirait pas d'abord. Non , il n'y croirait pas. MonDieu! pauvreGilbert! oh, madame! ayez pitié de lui et de moi. Il ne vous a rien fait,, lui. Qu'il ne sache rien de ceci, au nom du ciel! au nom du ciel ! Qu'il ne sache pas que je suis cou* pable , il se tuerait. Qu'il ne sache pas que je suis morte , il mourrait.
LA REINE
L'homme dont vous parlez est là qui vous écoute, qui vous juge et qui va vous punir.
Gilbert se montre..
106 MARIE TDDOR.
JANE
Ciel! Gilberl!
GILBERT, à la Reiiie,
Ma vie est à vous, madame.
LA REINE
* Bien. Avez-vous quelques conditions à me Eadie?
GILBERT
Oui, madame.