UNE
Oui ! — Je t^aime ! Oui , je t'aime ! et vois-tu , Gilbert, crois-moi bien, ceci est la vérité comme au lit de la mort , — je n'ai jamais aimé que toi! même dans ma faute, même au fond de mon crime, je t'aimais! A peine ai-je été tombée aux bras du démon qui m a perdue, que j'ai pleuré mon ange!
GILBERt.
Oublié! pardonné! Ne parle plus de cela, Jane Oh ! que m'importe le passé ! qui est-ce qui résisterait à ta voix ! qui est-ce qui ferait autrement
JOURNÉE III, PARTIE I, SCÈNE Vil. »73
que moi ! Oh oui! je te pardonne bien tout, mon enfant bien-aimé ! Le fond de Tamour, c'est Tindulgence, c'est le pardon. Jane, la jalousie et le désespoir ont brûlé les larmes dans mes yeux. Mais je te pardonne, mais je te remercie, mais tu es pour moi la seule chose vraiment rayonnante de ce monde, mais à chaque mot que tu prononces, je sens une douleur mourir et une joie naître dans mon ame ! Jane ! relevez votre tête , tenez-vous droite là , et regardez^moi, — Je vous dis que vous êtes mon enfant.
JAiNË,
Toujours généreux! toujours! mon Gilbert bien aimé!
GILBERT
Oh ! je voudrais être déjà dehors, en fuite , bien loin, libre avec toi! Oh! cette nuit qui ne .vient pas! -'^Le bateau n'est pas là. *^ Jane ! nous quitterons Londres tout de suite, cette nuit. Mous quitterons l'Angleterre. Nousironç à Venise. Ceux de mon métier gagnent beaucoup d'inrgent là. Tu seras à moi... — Oh! mon Dieu! je suis insensé, j'oubliais quel nqm tu portes ! 11 est trop beau , Jane 1
JATŒ.
Que veux'tu dire?
GILBERT
Fille de lord Talbot.
JANE
J'en sais un plus beau.
GILBERT
Lequel?
JANE
Femme de l'ouvrier Gilbert.
GILBERT
Jane!...
JANE
Oh non ! oh ! ne crois pas que je te demande cela. Oh ! je sais bien que j'en suis indigne. Je ne lèverai pas mes yeux si haut ; je n'abuserai pas à ce point du pardon. Le pauvre ciseleur Gilbert ne se mésalliera pas avec la comtesse de /Watefford. Non, je te suivrai, je t'aimerai, je ne te quitterai jamais. Jemecoucherailejour àtespieds, la nuit
à ta porte. Je te regarderai travailler, je t'aiderai, je te donnerai ce qu'il te faudra. Je serai pour toi quelque chose de moins qu'une sœur, quelque chose de plus qu'un chien. Et si tu te maries, Gilbert,— car ilplairaà Dieu que tu finisses par trou ver une femmepureet sans tache, et digne de toi, — eh bien! si tu te maries , et si ta femme est bonne, et si elle veut bien, je serai la servante de ta femme. Si elle ne veut pas de moi , je m'en irai , j'irai mourir où je pourrai. Je ne te quitterai que dans ce cas-là. Si tu ne te maries pas , je resterai près de toi, je serai bien douce et bien résignée, tu verras ; et si l'on pease mal de me voir avec toi, on pensera ce qu'on voudra. Je n'ai plus à rougir , moi , vois-tu? je suis une pauvre fille.
GILBERT, tombant A ses pieds.
Tu es un ange ! tu es ma femme !
JANE
Ta femme ! tu ne pardonnes donc que comme Dieu, en purifiant? Ah! sois béni, Gilbert, de me mettre cette couronne sur le frunt.
Gilbert se relève et la serre dans ses bras. Pendant qu'ils se tiennent étroitement embrassés, Joshua vient prendre la main de Jane.
176 MARIE TIIPOR.
losauA.
C'est Joshua, lady Jane.
GIL9ERT
Bon Joahua !
lOSHUÂ.
Tout à rheure vous ne m'avez pas reconnu.
Ah ! c'est que c'est par lui que je devais oommeneer.
Jostkua lui baise les mains.
GUJIRRTt la Kjrnmt daop ms bn».
Mais quel bonheur ! mais e^t-ce que q'est hien réel tout ce bonheur-là ?
Depuis quelques instants, on entend au dehors un bruit éloigné , des cris confus, un tumulte. Le jour baisse.
Qu'est-ce quec*est que ce bruit?
Il va à la fenêtre qui donne sur la rue.
lANB.
Oh! mon Dieu! pourvu qu'il n'aille rien arriver !
lOSfitJÂ.
Une grande foule lâchas. Deft pioches ; des piques ; des torches. Les pensionnaires de la reine à cheval et en bataille. Tout cela vient par ici. Quels cris ! Ah diable ! On dirait une émeute de populaire.
JANE
Pourvu que ce ne soit pas contre Gilbert !