ACTE III, SCÈNE I
FASIO.
Oui ; mais l'or, sous lequel tu crois que tout s'efface, Peut respecter le fond en changeant la surface : Il est une étiquette, aux riches de rigueur. Dont le pauvre s'exempte au profit du bonheur! Je le sais, et je sais encor que nul n'envie L'heureuse pauvreté qui peut voiler sa vie, Et n'a de ce bonheur qu'elle cache avec soin, Qu'elle pour confidente, et que Dieu pour témoin ; Mais je n'ignore pas que, dès que la fortune A tiré son élu de la foule commune.
On voit, autour de lui, comme des loups rôdants. Les envieux sourire en lui montrant les dents! L'avertissant tout bas que leur meute assidue, Ainsi que font les loups d'une brebis perdue, Déchirerait soudain tout imprudent bonheur Qu'il laisserait sortir un instant de son cœur! Donc, à ces envieux dont la foule nous presse, Ne pouvant, Francesca, cacher notre richesse. Il faut, du moins, voiler notre bonheur d'époux; Comme des étrangers, nous dire en parlant : vous! 11 faut, pour qu'on nous croie ennuyés et maussades, Nous montrer l'un sans l'autre aux bals, aux prome- Aux deux bouts du palais avoir, séparément, [nades; Chacun notre service et notre appartement : Ainsi nous dérobons à ce souffle d'envie Qui poursuit les heureux, une part de la vie, Ofi nul œil indiscret jamais ne nous suivra, Et que comme l'Éden un ange gardera!
Puis, si malgré les soins que nous prenons d'avance. De l'horizon vers nous un nuage s'avance. Mon souffle et mes baisers bientôt écarteront L'ombre qu'il jetterait en passant sur ton front;
GO l'alchimiste.
Et j'aurai toujours soin que Forage s'enfuie. Sans que versent tes yeux une goutte de pluie.
FRAJfCESCA.
Oh ! que ta douce voix connaît bien, Faslo, Comme on endort mon cœur!
LE VALET, annonçant.
Le comte Lélio !
FASIO.
Allez; et dans ce lieu, si vous doutez encore. Revenez promptement sous les hahits de Laure; r.ar, toujours désireux, ainsi qu'au premier jour, rétrarque attend ici son beau laurier d'amour!
(A Lélio.) Salut, comte !