ACTE m, SCÈNE IV
LA MADDELENA.
Vraiment ?
FASIO.
Sur l'honneur; quel est-il?
LA MABDELENA.
Le voici :
Par nous défense est faite à tout amant fidèle D'employer dans ses vers le mot de tourterelle. Un homme en sa constance ayant vaincu l'oiseau. Au lieu de tourterelle, on dira Fasio.
FASIO.
C'est la première fois que pour ma pénitence, J'entends par une femme accuser la constance.
LA MADDELENA.
Ne dites pas cela : je ne l'accuse point, Et VOUS veux, monseigneur, détromper sur ce point. Lorsqu'un homme possède un trésor aussi rare, Il n'est point étonnant que, pareil à l'avare. Nuit et jour, ardemment il le couve des yeux. Et ne voie après lui rien de plus précieux. Seulement, monseigneur, je regrette en mon âme. Regrets bien naturels dans le cœur d'une femme En voyant tant d'amour, que ne m'ait pas encor Un avare pareil prise pour son trésor.
FASlO.
Eh bien, vous me quittez?
LA MADDELENA.
Oui, cet amour extrême Me touche et me fait faire un retour sur moi-même; Vous ne me verrez plus.
FASIO.
Ne plus vous voir, grand Dieu !
L'AI.CHIJIISrE.- 7
/» t ALCHIMISTE.
T.A MADDElE?i\.
Oui, c'en est fait, je veux au monde dire adieu.
FASIO.
El quel est le couvent où vos fautes divines Vont chercher leur pardon ?
LA MADDELK^A.
Celui des Ursulines.
FASIO.
Vous allez prononcer d'indissolubles vœux; Vous allez aux ciseaux livrer ces beaux cheveux Dont un seul eût suffi, telle est notre faiblesse. Pour nous conduire tous à votre suite en lesse. Oh! vous n'en ferez rien, car on aura surpris Votre religion. ,
LA MADDELEJXA.
Non, c'est un parti pris.
Et quel chagrin subit, quelle douleur profonde A donc jeté son crêpe entre vous et le monde? Sans indiscrétion, pourrait-on le savoir?
LA MADDELENA.
llélas! c'est, monseigneur, un amour sans espoir.
FASIO.
Comment?
LA maddele:va.
Par un valet voulez-vous faire dire Au comte Lélio que pour me reconduire Je l'attends?
FASIO.
Quoi déjà !
LA MADDELE>A.
Faites.