‹ DramesChapitre 158 sur 308 · ACTE I, SCÈ\E IV · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈ\E IV

randa, qui rapportent ensemble cinq cenls réaux et vingt -cinq maravédis de rente? puis encore peut-être qu'il consentirait à ce que l'on continuât de m'appcler Don?... c'est-à-dire qu'il me fait l'aumône d'un morceau de pain et d'une épée.... Oh ! le digne, le noble, l'excellent fils, qui dispose de la succession paternelle du vivant même de son père !... oh! le digne, le noble, l'excellent frère, qui se fait une part de lion , qui étend l'ongle sur l'héritage des Marana , et qui dit : Ceci est à moi , don Josès ! cela est à toi, don Juan!... J'aurai plus de pitié que lui , moi ! j'attendrai que mon père soit mort, et puisse Dieu conserver ses jours!... pour désigner à mon frère l'héritage qui lui revient... Rapportez-vous-en donc à moi pour le partage, et dites au comte que je suis son seul fils, que l'Église ne reconnaît pas les enfants nés hors du mariage, surtout lorsqu'ils sont nés d'une païenne! Quel honneur pour un vieux chrétien comme mon père, dont les aieu:: ont chassé les Maures de Grenade et les Indiens du Pérou , d'avoir un fils qui dit Allah au lieu de Dieu, et qui brûlera éternellement en enfer entre Boabdil et Guatimozin.

DOM MORTES

J'espère que don Josès arrivera à temps pour que votre noble père règle de son vivant ses intérêts et les vôtres,

DOIS JC\N.

Oh! pour cela, vous vous trompez.... non!... il laisserait mourir son père dans la solitude et l'aban-

24 noy jcan de maraka.

don, si je n'étais pas là , moi... Je lui ai écrit dix lettres.

DOM MORTES

Eh bien ! moi , monseigneur , je ne lui en ai écrit qu'une , mais je suis sûr du messager qui la porte.

DOS i\:kTi, furieux.

Tu as écrit à don Josès, prêtre? et qui t'a

permis de le faire?

DOM MORTES

Celui qui en avait le droit... votre père.

DON JCAN.

Eh! que ne me disais-tu cela plus tôt, tu m'aurais épargné depuis une demi-heure cette comédie que

je joue! Ah! nous voilà enfin tous deux face à

face, nos masques à la main, et pouvant tout nous dire!... Eh bien! donc, écoute, et retiens bien ce que tu vas entendre... Je ne veux pas, entends-tu bien, prêtre, je ne veux pas que le vieillard reconnaisse don Josès pour mon frère et cela, non

pas parce qu'il est le fils d'une bohémienne, non pas parce qu'il est un païen, non point parce qu'il déshonorerait mon nom dans l'autre monde, dont jcm'inquiète fort peu; mais parce que, dans celui-ci, il me prendrait mon titre de comte, dont j'ai besoin pour faire grande et noblefigurepar lesEspagnes... mes richesses, qu'il me faut pour acheter l'amour qu'on ne voudra pas me donner, et mes dix mille vassaux , qui me sont nécessaires pour m'assurer l'impunité que la justice se lassera peut-être de me

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