SCENE VII
DON JUAN seul d'abord, puis LE BON ANGE, puis LE MAUVAIS.
Oui, va, va, il ajuste assez de vie encore pour que tu rétouffes en l'embrassant. — (Écoutant.) Plus rien, rien que les sanglots de mon frère; tout est fini ! — (// tombe sur un fauteuil et s'essuie le front. ) Ah! — ( Mettant la main sur sa poitrine. ) Qui est-ce qui me parle là? qui me dit que j'ai mal fait? quel est cet ennemi qui vit en moi pour me donner des conseils contre moi? — {On entend une nmsique douce et dans laquelle la harpe domine. Le bon Jnge descend du ciel et se pose sur la fenêtre ouverte. ) La conscience , elle est comme don Josès, elle arrive trop tard. — (Le bon Jnge remue les lèvres comme s'il parlait. Don Juan lin répondant.) Il n'est jamais trop tard pour se repentir, et la mort du prêtre... — ( Le bon Ange parle de nouveau. ) Une pénitence de toute la vie peut l'expier. — (Le bon Ange descend et s'approche silencieusement de don Juan. ) Et mon père qui m'appelait et que j'ai laissé mourir sans lui répondre ! — (Même jeu. ) Il est déjà au ciel , où il prie pour son fils : donc l'avenir m'appartient encore.
LE BON ANGE, appufé sur le dossier de son fauteuil. Oui. pour toi, si tu veux, comiuence un nouvel être : Ton père, en expirant, Va fait souverain maître
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De ses vassaux et de ses biens, Tandis que don Josès, par un destin contraire. Est pauvre... .Ulons. don Juan, tend les bras à ton frère.
Et que tes trésors soient les siens.
tE MATJVAis A5GE, sortaut de terre et s'appiiyant sur
le dossier du fauteuil, du côté opposé. Ton frère n'a pas droit, don Juan, à ta fortune, C'est un bâtard jaloux, dont la vue importune
Depuis longtemps lasse tes yeux.
Étranger, de quel droit viendrait-il au partage? Garde à toi seu', don Juan, ton immense héritage.
Tu t'en feras des jours joyeux.
LE B0:v A>GE.
Du moins pour rétablir entre vous l'équilibre. Puisque tu l'as fait pauvre, il faut le faire libre; Tu rempliras ainsi le désir paternel.
Et don Josès, heureux près de sa jeune femme. Te dressera, don Juan, un autel dans son âme Où brûlera l'encens de l'amour fraternel.
LE MArVAIS ATÎGE.
Pourquoi donc d'un vassal appauvrir ton domaine? Laisse aller don Josès où son destin le mène; Ses fils de ta maison augmenteront l'honneur. Et sa femme, à l'autel, devenant ta vassale, Te devra le trésor de sa nuit virginale Dont, libre, son époux t'enlève le bonheur.
LE B0:V ANGE
Mais ce n'est qu'un enfant aux flammes ingénues; Qui, le soir, va perdant son regard dans les nues.
Demandant au flot qui bruit Pourquoi son jeune sein s'enfle comme son onde. Et quel est le secret des voluptés du monde
Dont elle rêve chaque nuit.