SCÈNE IL HÉLÈNE, LÉON
i.Éo>". frappant à la porte qui est dans V angle
à droite.
Puis-je entrer?
HÉLÈNE
Oui.
LÉON, entr'ouvrant la porte.
Seule?
HÉLÈNE
Seule.
LÉON
11 me semblait avoir entendu la voix de madame de Vertpré.
HÉLÈNE
Elle était là tout à l'heure, et en vous entendant...
LÉON
Elle est rentrée dans sa chambre ; ce qui veut dire qu'elle ne me recevra pas ce matin.
HÉLÈNE
Eh bien, au contraire, elle vous prie d'attendre que sa toilette soit achevée.
LÉON
Elle t'a dit cela?
HÉLÈNE
Oui, monsieur.
{Elle se dispose à entrer chez madame de Vertpré.)
SCEINE II. 13
LÉON , Varrêtant par le bout de l'écharpe qu'elle a prise sur le fauteuil où madame de Vertpré Va laissée, et s' asseyant.
Écoute, Hélène.
HÉLÈNE
Quoi ?
LÉON
Madame de Vertpré t'a parlé de moi ? — Écoute donc!
HÉLÈNE
A l'instant.
LÉON, jouant avec récharpe, et la baisant. Et elle te disait?...
HÉLÈNE
Qu'est-ce que vous faites donc?
LÉON
A qui cette écharpe?
HÉLÈNE
A ma maîtresse.
LÉON
Et elle a touché son cou, ses épaules! Je l'envie et jie la baise.
HÉLÈNE
-Mais, monsieur, ce n'est pas l'écharpe que vous baisez, ce sont mes mains !
LÉON, se relevant.
C'est que tes mains sont jolies, Hélène.
HÉLÈNE
Vous êtes fou.
LÉON
Je suis amoureux.
HÉLÈNE
De mes mains?
Un peu; de ta maîtresse beaucoup.
HÉLÈNE, à part.
Pauvre jeune homme! — {Haut.) Et mademoiselle Pauline, votre fiancée?
LÉON
C'est une charmante personne.
HÉLÈNE
Que vous aimez aussi?
LÉON
Comme une sœur.
HÉLÈNE
Cela ne fera pas son compte ; car je crois qu'elle vous aime autrement qu'un frère.
LÉON
Tiens, voilà ce qui m'inquiète, et me rend parfois si triste.
HÉLÈNE, riant.
Vous ! ah ! par exemple !
LÉON
3Iais aussi, comment diable madame de Vertpré ne réfléchit-elle pas que, pour marier sa nièce, c'est un mauvais moyen que de la prendre auprès d'elle. Certainement, avant d'avoir vu ta maîtresse, j'aimais Pauline de toute mon àme mais, depuis
cette époque, depuis que je les vois toutes deux à coté l'une de l'autre, malgré moi je fais des comparaisons... Elles sont jolies toutes deux; mais ma-
scÈ^E II. la
(lame de Vertpré a dans sa beauté quelque chose de plus piquant.... Toutes deux sont pétillantes d'esprit, mais l'esprit de madame de Vertpré est complété par l'usage du monde qui manque à Pauline Chacune d'elles a un excellent caractère,
mais pour un rien Pauline se fâche et boude; madame de Vertpré, au contraire, est toute et toujours gracieuse... Pauline m'aime, je le sais; mais, sans fatuité, madame de Vertpré ne me déteste pas ; elle m'accorde hautement le titre d'ami , et un autre que moi, en récapitulant nos promenades, nos causeries, les petits services qu'à chaque instant elle me demande, et que je suis si heureux de lui rendre, un autre que moi... Eh bien! cela te fait rire!
HÉLÈSE.
Auriez-vous la prétention d'épouser madame de A'ertpré, par hasard?
LEO>
Pourquoi pas?
HÉLÈNE
Pardon, mais c'est que...
( Elle rit. )
LÉO>
N'est-elle pas veuve?
HÉLÈNE
Ah ! c'est vrai ; je l'oubliais. — ( On sonne chez madame de Fertpré. ) Voyez, voilà qu'on m'appelle; je bavarde avec vous, et je vais être grondée.
LÉOJI.
Tu diras à la maîtresse que je l'ai retenue pour le dire qu'elle était charmante, et elle te pardonnera.
HÉLÈ>E.
Soyez tranquille.
(Elle rentre.)