SCÈNE XIII
LÉON
Eh bien, monsieur, madame de Vertpré, sans doute à titre d'ami, remarquez bien que je n'ai pas comme vous tant de confiance en moi-même , accepte souvent mes services. A la promenade, c'est mon bras qu'elle choisit de préférence : une main posée sur un bras glisse facilement dans une autre main, et lorsque cela arrive par hasard à celle de madame de Vertpré, notre conversation la préoccupe assez pour qu'elle l'y laisse , et plus d'une fois...
M. DE VERTPRÉ
Plus d'une fois ?
LÉON
Je l'ai pressée dans les miennes sans qu'elle songeât à la retirer. ^
M. DE VERTPRÉ
Et elle ne pressait pas la vôtre , elle?
LÉON
Non, monsieur, je dois le dire.
M. DE VERTPRÉ
Eh bien , je dois vous dire , moi, qu'en pareille circonstance elle pressait la mienne.... et très-tendrement encore.
LÉON, surpris.
Très-tendrement !
M. DE VERTPRÉ
Si tendrement, qu'un jour un anneau que lui avait donné son mari...
LÉON
M. de Vertpré?
M. DE VERTPRÉ
M. de Vertpré... m'est resté entre les mains.
LÉON
Et qu'a-t-elle fait?
M. DE VERTPRÉ
Elle l'y a laissé.
LÉON
La preuve ?
M. DE VERTPRÉ, luî motitrant Vanneau.
Le voici.
LÉON
Je vois bien un anneau , mais...
M. DE VERTPRÉ , ouvrant l'anneau. Regardez.
LÉON , lisant.
Adèle, Paul.
M. DE VERTPRÉ
Sont-ce bien là leurs deux noms de baptême?
LÉON , un peu déconcerté.
Je l'avoue, je suis battu.
M. DE VERTPRÉ
A un autre !
LÉON
Madame de Vertpré a fait faire son portrait.
M. DE VERTPRÉ
Ah! ahl
LÉON
Une miniature charmante , d'une ressemblance parfaite.