SCÈNE xiir
M. DE VERTPRÉ
Après?
LÉON
Eh bien, madame de Vertpré m'a chargé de l'aller prendre chez le peintre , et aujourd'hui , quand je le lui ai rendu , elle m'a demandé comment je le trouvais, de manière à me faire croire...
Quoi?
LÉON
Qu'il ne tarderait pas à être offert à la personne à qui il est destiné.
M. DE VERTPRÉ
Et cette personne?
LÉON
C'est ma fête demain, monsieur.
M. DE VERTPRÉ
Et la mienne aujourd'hui; vous voyez qu'on me l'a souhaitée.
( Il lui montre le portrait. ) LÉON, dans la dernière surprise.
Ah!
M. DE VERTPRÉ
Continuez, monsieur.
LÉON
Ma foi, s'il en est ainsi... je vais tout vous dire !
M. DE VERTPRÉ, s'essufatit le front.
Je suis préparé.
LÉON
Madame de Vertpré aime la lecture ; souvent, le
soir, quand la porte est fermée pour tout le monde, quand Pauline s'est retirée, nous choisissons dans la bibliothèque quelques poésies d'André Chénier ou de Lamartine; nous ouvrons quelque roman de Nodier ou de Victor Hugo ; et ce sont les pages les plus tendres, les vers les plus délirants que nous cherchons. Puis le livre se ferme, nos paroles succèdent à celles de ces grands auteurs, et elles conservent, sinon le talent, du moins la teinte de leurs ouvrages ; ainsi le temps, si long pour les autres, le temps passe, le temps vole pour nous et...
M. DE VERTPRÉ
Et quoi ? Faites-moi donc le plaisir d'achever.
IjÉON.
Minuit sonne.
M. DE VERTPRÉ
Minuit sonne...
l;':oîs.
Nous nous promettons pour le lendemain une aussi douce soirée... et je me relire.
M. DE VERTPRÉ
Eh bien! moi, monsieur, c'est exactement la même chose, excepté...
LÉOÎÏ.
Excepté quoi ?
M. DE VERTPRÉ
Excepté que je reste.
lÉoiv, s'échatiffant.
Monsieur, c'est une infâme calomnie, et vous me rendrez raison de l'insulte que vous faites à la plus pure des femmes !
SCÈIVE XIII. 61
M. DE VERTPRÉ
Très-bien, jeune homme.
LÉON
A celle qui, rare entre toutes, n'a pas dans sa vie une pensée coupable à se reprocher... même en rêve!
M. DE VERTPRÉ
Bravo !
LÉon.
De la seule femme enfin de Thonneur de laquelle je répondrais sur ma vie !
M. DE VERTPRÉ
Permettez que je vous embrasse.
LÉON, le repoussant.
Oh! ne raillons pas, monsieur, vous m'avez offert des preuves, eh bien! j'en exige à l'instant, à la minute,
M. DE VERTPRÉ
Diable! mais de pareilles preuves sont difficiles à fournir.
LÉON
Je vous préviens cependant qu'il m'en faudra , monsieur.
M. DE VERTPRÉ
Une lettre...
Peut être supposée, et d'ailleurs je ne connais pas son écriture, je ne crois pas m'être vanté qu'elle m'ait écrit. Autre chose, monsieur. . . autre chose! . . .
M. DE VERTPRÉ
Ah! pardieu!
{Il tire le portrait de sa poche. )
LÉON
Eh bien! son portrait, je l'ai déjà vu,
M. DE VERTPRÉ
Poussez ce petit ressort.
LÉGÎV.
Ce portrait ne prouve rien, monsieur.
M. DE VERTPRÉ
Poussez !
LÉON, stupéfait.
Le vôtre !
M. DE VERTPRÉ
Lisez !
LÉON
Donné à mon Adèle le 28 juin 182a, jour de mon mariage.
M. DE VERTPRÉ
Le trouvez-vous ressemblant?
Le peintre vous a diablement Uatté, monsieur!
M. DE VERTPRÉ
Cependant vous m'avez reconnu tout de suite.
LÉON
Ainsi vous vous nommez ?
M. DE VERTPRÉ
Paul de Vertpré.
LÉON
Et vous n'êtes pas mort?