‹ DramesChapitre 291 sur 308 · SCÈNE xiir. 6û · texte numérisé non relu

SCÈNE xiir. 6û

M. DE VERTPRÉ

Voyez si je vous en impose.

LÉON

Ainsi, le bruit qu'on avait répandu...

M. DE VERTPRÉ

Etait nécessité par les circonstances.

LÉON

Et madame de Vertpré savait que vous étiez vivant?

M. DE VERTPRÉ

Je ne le lui ai jamais laissé oublier, je vous prie de le croire.

lÉOIV.

Alors, elle se moquait de moi.

M. DE VERTPRÉ, riant.

Mais... j'en ai peur. ^

LÉON

C'est bien... je me vengerai.

M. DE VERTPRÉ, avBC inquiétude.

Comment cela ?

LÉON

Je m'entends.

M. DE VERTPRÉ

Plait-il?

LÉON

Et tout le monde trouvera que j'ai raison.

M. DE VERTPRÉ

Du tout, monsieur, tout le monde vous donnera tort.

LÉON

Peu m'importe!

M. DE VERTPRÉ

Vous perdrez votre temps,

LÉON

Je suis jeune.

Vous vous lasserez.

LÉON

J'ai de la patience.

M. DE VERTPRÉ

Mais c'est de l'entêtement! moi, monsieur, je ne VOUS ai rien fait.

LÉON

Aussi , je ne vous en veux pas , à vous...

M. DE VERTPRÉ

C'est bien heureux.

LÉON

Non , vous êtes un brave homme ! c'est de votre femme que je veux me venger.

M. DE VERTPRÉ

Prenez garde, monsieur l'avocat, que nous sommes mariés sous le régime de la communauté.

LÉON

Ça m'est égal .

M. DE VERTPRÉ

Mais ça ne me l'est pas à moi.

LÉON

Tant pis!

Ah cà! vous êtes fou.

SCÈIVE XIII. 65

LÉON

Non, monsieur, je suis piqué; on a sa réputation de jeune homme...

M. DE VERTPRÉ

Après?

LÉON

Et on tient à la conserver.

M, DE VERTPRÉ

Et moi , monsieur , ma réputation de mari , croyez-vous que je veuille la perdre?

LÉON

Ce n'est pas que je l'aime , au moins , votre femme !

M. DE VERTPRÉ

Et vous avez raison.

LÉON

Je la déteste.

M. DE VERTPRÉ

A la bonne heure.

LÉON

Mais c'est égal , je me sacrifierai.

Vous êtes trop bon.

LÉON

Une coquette !

M. DE VERTPRÉ

Ah ! oui, par exemple.

LÉON

Qui se trouve jolie...

M. DE VERTPRÉ

Et qui ne l'est pas.

Si, monsieur, elle l'est... vous ne viendrez pas in'apprendre... Mais un caractère!...

M. DE VERTPRÉ

Atroce.

LÉO^

Mais c'est qu'elle croit que je l'aime.

M. DE VERTPRÉ

Pourquoi diable le lui avez-vous dit?

LÉON

Je mentais : c'est Pauline que j'aimais. Quelle différence entre elles deux ! Pauline si pure , si douce , si naïve, qui pleurerait d'avance à la seule idée de me faire un chagrin : Pauline qu'elle a pu croire que j'oubliais pour elle ! Oh! elle saura que je ne l'ai pas aimée une minute... elle le saura!

M. DE VERTPRÉ

Tout de suite, tout de suite.

LÉON

Oui, monsieur... plus tard.

M. DE VERTPRÉ

Et en attendant vous la laisserez jouir de sa conquête, se vanter de vous retenir près d'elle comme un enfant; vous donnerez le temps à Pauline de s'apercevoir de votre indifférence et d'en aimer un autre?

LÉON

Vous avez raison, elle serait trop fière.

M. DE VERTPRÉ

Écoutez... mieux que cela.

Page 1