SCÈNE XV
i( i, à mes genoux, à moi... Oh ! non, pourquoi l'affliger d'une folie?
PAULINE
A quoi pensez-vous, ma tante?
A ce que lu viens de me dire. Et tu as engagé ta main?
PAULINE
Ma main? c'est vous qui en disposerez, et je l'ai dis à mon oncle et à Léon.
MADAME DE VERTPRÉ
Si bien que Léon...
PAULINE
Va venir vous la demander.
MADAME DE VERTPRÉ
D'accord avec mon mari ?
PAULINE
Très-d'accord ; c'est mon oncle qui l'y excite.
MADAME DE VERTPRÉ
Et M. de Vertpré n'est pas plus mort pour Léon que pour toi?
PAULINE
Très-vivant pour tous deux.
MADAME DE VERTPRÉ
Je voudrais bien de l'encre et une plume.
PAULINE
Voulez-vous que je sonne ?
Non. Va me les chercher dans ma chambre.
76 lE MARI BE I,\ VEiVE.
PACLINE.
Vous allez lui écrire ?
MADAME DE VERTPRÉ
Ne t'inquièle pas. {Pauline sort.) Ah ! messieurs, il paraît que c'est une ligue, et que vous vous entendez à merveille! 3Ion mari, je conçois qu'il
presse ce mariage; mais Léon, qui tantôt... il a besoin d'une leçon , ce jeune homme, elle ne lui manquera pas ; et s'il désire véritablement épouser Pauline... Et mon mari que j'oublie !... c'est injuste ! il mérite aussi une punition pour sa jalousie : il l'aura.
PAULINE, rentrant et posant l'encrier sur la table. Tenez, ma tante, voici. Qu'allez-vous faire?
MADAME DE VERTPRÉ
Écoute, Pauline, c'est une chose sérieuse qu'un lien qui nous prend toute notre vie pour la donner à un autre, qu'un lien que la mort seule peut rompre une fois que les hommes l'ont formé.
PAIJLIiSE.
Oh ! oui, c'est un bonheur céleste !
MADAME DE VERTPRÉ
Ou un malheur éternel.
PAULINE
Comment?
Eh bien, Pauline, il ne faudrait pas livrer ainsi au hasard toutes les espérances de ton âge. On entre dans la vie par les années riantes et heureuses, ne les abrège pas. chère enfant.