‹ DramesChapitre 298 sur 308 · SCENE XVI · texte numérisé non relu

SCENE XVI

LÉON, MADAME DE VERTPRÉ

LÉON, entrant en parlant à M. de Vertpré. Soyez tranquille, mon cher oncle, je sais ce que j'ai à dire.

MADAME DE VERTPRÉ, Cl part.

Et moi aussi.

( Elle se lève d'un air troublé et serre la lettre dans sa main. ) LÉON, se retournant , dit à part.

Madame de Vertpré! ! ! (Haut.) Pardon d'être entré ainsi, madame ; mais je vous croyais chez vous. D'ailleurs j'étais avec monsieur votre mari, c'est mon excuse...

MADAME DE VERTPRÉ

Puis, VOUS pensiez trouver ici une autre personne, n'est-ce pas?

LÉON

Non, c'est vous que je cherchais, madame. — Madame... {J part.) Diable, c'est plus difficile à entamer que je ne croyais. (Haut.) Vous avez du me trouver ce matin bien fat et bien ridicule?

Je vous ai trouvé imprudent, du moins.

LÉON

Et vous m'avez bien puni de mon imprudence.

Je VOUS en remercie, madame; dans les maladies désespérées il faut employer les remèdes violents : j'ai souffert, mais j'ai été guéri...

MADAME BE VERTPRÉ

Je me félicite, monsieur , d'avoir fait une cure si merveilleuse et surtout si prompte.

LÉON

Votre sévérité, madame, en ne me laissant aucun espoir...

MADAME DE VERTPRÉ

Ai-je donc été si sévère?

LEON

Mais, à moins que de me faire mettre à la porte par vos gens, je ne vois pas trop...

MADAME DE VERTPRÉ

Vous ignorez dans quelle position j'étais, et que mon mari, caché dans ce cabinet, écoutait notre entretien et devait me forcera la prudence. LÉo>, étonné.

M. de Vertpré était là? Ah!... Je disais donc, madame, que cette sévérité... car vous avezété trèssévère... m'avait éclairé sur mes véritables sentiments. Mon amour-propre blessé m'a fait voir clair dans mon cœur. Oui, j'avais été fasciné, entraîné par le charme de votre conversation, par ce je ne sais quoi qui attire à vous les yeux et les pensées : mais ce sentiment était superficiel, il avait laissé au fond de mon cœur, intact, entier, l'amour que j'avais pour Pauline ; et quand vous avez eu pitié de

Page 1