‹ Drames de la vie réelle [microforme]Chapitre 30 sur 34 · GG · texte numérisé non relu

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vent à la mème table, contre la coutume. Après souper, il se faisait tard, mais la nuit était belle, en sorte que, singulièrement toutefois, le charretier fut congédié et l'étranger sortit. Il revint rersonze heures, demanda le bourgeois, et lui dit qu’il regrettait d'avoir laissé partir son charretier, car n'ayant pu voir la personne qu'il désirait rencontrer, il avait résolu de repartir de suite. En sorte qu'il arrêta le prix d’une voiture pour les prochaines cinq lieues On me fit lever en conséquence, et il fut décidé que je partirais avec ce paroïssien-là à trois heures et demie précises, pour profiter de la gelée, évitant ainsi la boue, et allant plus vite, notre homme désirant retourner à Québec, et ayant rencontré, disait-il, par hasard, Le charretier irlandaie de Québec, qui l'avait rendu chez nous On prèta peu d'attention à son histoire, et ce n'est qu'après le meurtre et à l’enquéte du coroner que le fil de tout cela fut repris.

Mon paroissien était debout à bonne heure, car peu avant trois heures il vint à l'écurie et me dit de me hâter.… .…… qu’il était prêt. Je crus remarquer qu’il ne sortait pas de la maison et venait d'ailleurs ; mais peu m'importait dlors Je me hâtai en effet, et ayant pris une bouchée, j'avertis mon homme. Il s'était fait servir dec œufs, du lait, du sucre, mélant tout cela, ainsi qu’une bouteille de rhum. Il battit le tout ensemble, et j'vous mens pas, versa la moitiè de la bouteille de rhum là-dedans, avala le tout en quelques gorgées.… Le v’Ià lesté pour une pipe, que j’w’dis. Il ouvrit sa petite valise, dans laquelle il mit la bouteille à moitié vide, paya mon bourgeois et sauta dans la calèche où il m’attendit un peu, car mon bourgeois m'avait fait signe et il me disait : “ Fais attention à ce bougre-là ; ça doit être un boslonnais,” et vous savez, tout le lung de la côte, chez nous, les bostonnaïs et leurs descendants ne sont pas en odeur de sainteté Îles m...ts.. pardon, M. le curé !.... mais ceux de nos grands parente qui descendent des Cuÿens nous ont laissé la croyance que les bos{onnaïs sont tous des tueurs et des voleurs...

Toujours est-il que j'embarquai un peu à contre-cœur..... Je fouettai ma jument en partant, et on partit grand train. Je regardais mon paroissien de travers, et franchement j'en avais peur. Je crus que c'était l’effet du rhum, mais il avait le visage tout contrefait et les yeux mauvais... ; et si c'était l’effet du rhum. je n’en avais pas üni, car il avait sorti sa bouteille de rhum et buvait à même de temps en temps, en marmotant : “ Plus vite... plus vile !”’ Je ne demandais pas mieux que d'arriver vite, pour m’en débarrasser au plus coupant. Je n'aurais pas regretté de lui casser le cou, mais je tenais au mien... Bref, lorsque nous arrivâmes au bout de nos cinq lieues, il avait vidé sa bouteille, l’avait jetée, et je me sentis soulagé.

Il sauta à terre, et je vis bien qu’il n’était pas ivre, mais il avait la mine d'un tueur.

* Il demanda l’aubergiste, s’arrangea pour une voiture, et lorsque tout fut prêt, se fit servir la même recette que chez mon bourgeois, et partit. Je me donnai bien garde de rien dire, car j'en avais peur, et ça n’est que ce mätin que je l’ai retrouvé.

. Le brave homme raconta en outre que, lors de l'enquête, un jeune garçon déposa qu'il avait rencontré un homme qu'il prit pour un frlandnis. Américain, qui lui demanda où restait le Dr*#**# et, par la description qu’il fit du personnage, c'était bien le même. s

Eu sorte que l’on avait auguré avec raison, de tout ce qui précède, : qu’il était sorti le soir pour bien connaître les lieux, et que, le matin, il

était sorti de nouveau, vers trois heures, temps auquel, évidemment, le crime avait été commis : ergo, qu’il était l’assassin. Le messager du curé

. ajouta, que lors de son départ et le long de la route, il avait appris que les autorités avaient, sur les données ci-dessus et sur celles des auberges où le meurtrier empressé avait fait relai, qu'on était sur sa piste, mais on n'avait pas encore pu identifier le singulier charretier irlandais qui avait amené l’homme à XXX, et qui était reparti aussitôt, sans attendre son passager qui. lui-même, repartait si singulièrement Je lendemain matin. Le brave homme ajoutait que jamais de sa vie il ne se serait douté qu’il retrouverait à Sorel cet homine qu’on lui disait être un docteur... et qui était bien, d’après lui, le meurtrier du mari de Madame XXX.

Le Grand-Vicaire avait tout écouté sans mot dire ; il se leva tout à coup et dit à l’homme qu’il ne pourrait repartir que le lendemain au petit jour, et qu’il lui remettrait, à temps, la réponse qu'il attendait

—(Ça fait mon affaire, dit-1l, car j'ai fait toute cette longue route avec: le même cheval, et ça va le reposer comme il fant. Après avoir ordonné le silence le plus complet, le Grand-Vicaire sortit en hâte, se rendit tout

- droit à la résidence du Docteur#**%*, entra dans la cour, ouvrit la porte de la cuisine, se trouva en face de la vieille irlandaise, ménagère du Docteur*#%*# qui, affolée par la présence du Grand-Vicaire en cet endroit, allait faire une scène tout en se jetant à genoux, lorsque le curé la relevant avec bonté lui dit à voix basse, en anglais : “ Restez en paix,” ajoutant

’ la és du geste à cette parole onctueuse, ce qui calma soudain la bonne

Vieille.

—Votre maïtre est ici, n’est-ce pas ? dit-il...

—Oui, répondit-elle ; mais ordre de ne recevoir personne... malade... oh ! très malade ! dit-elle en anglais...

Le Grand-Vicaire en savait assez, fit signe à la bonne femme de rester là, et il se rendit à l'office où il trouva, en effet, le misérable qui, à la vue du Grand-Vicaire, fut saisi d’un tremblement nerveux. On voyait Sa était torturé par les remords ; une sorte de cavité s'était forme autour

e ses yeux, ce qui donnait à son regard des lueurs diaboliques ; il avait maigri ; son visage était pâle et ses traits .crispés, il se mordait les lèvres jusqu'au sang, nerveusement, sans avoir l'air d’en éprouver aucune dou-

We : la fièvre le brüûlait, c'était clair.

Le vieillard resta debout et regarda bien en face le meurtrier du mari de Julie ; celui-ci ne pouvant supporter ce regard, fléchit, et se couvrit la figure avec ses mains.

—Malheureux ! lui dit le vieillard en anglais d’une voix tremblante d'émotion ; votre crime est connu... Fuyez! Fuyez !..….. vite... et

puisse le repeñtir et nou l’échafaud vous mériter le pardon du Dieu tout puissant |...

it le saint homme se retira, faisant assez bonne contenance jusqu’à ce qu’il eût dépassé le pas de la porte, tout en enjoignant derechef à la ménagère de rester en paix ; puis navré, le vieillard, sentant le besoin de l'isolement, longea le Richelieu, avec la résolution de faire un long détour par le beau bois en arrière du village avant de retourner au presbytère.

En ce temps-là, l’éboulis de la côte n'avait pas encore dévasté les pinières bordant le Richeliou qui entouraient l’ancienne résidence du Duc de Kent, le père de notre Gracieuse Souveraine, qui en faisait ses délices lors de son séjour au Canada. Et le vandalisme mercantile n’avait pas

encoré dévasté les arbres séculaires, en arrière de cette demeure princière,

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plus tard habitée par Parsons, le fondateur du Star'de Montréal, qui s’était retiré à Sorel, se livrant à l’agronomie.

Rendu là, fort distraitement, le vieillard, revenu à lui, voyant le soleil radieux, ressentant sa bienfaisante chaleur, prit le sentier conduisant au plus touffu du bois ; il arriva ainsi bientôt au chemin de la comtesse, magnifique allée de verdure embaumée de riches senteurs, burdée de hauts pins dont il reste encore des vestiges attrayants. Il aspirait à ,leins poumons l'air réconfortant, se sentant ému et à la fois réjoui au doux chant des oiseaux. Il s’assit au pied de deux arbres, sur une petite élévation, sentant le besoin d’un repos absolu au moins pour quelques minutes.

Les événements récents et effrayauts que nous connaissons se présentèrent en bloc à son âme épouvantée ; il disait : * Mon Dieu ! vous avez créé l’homme à votre image et à votre ressemblance ; vous êtes la bonté même... pourquoi l’homme est-il si méchant 7... Vous avez dit de nous aimer les uns les autres, comme vous nous aimez vous-même …i Pourquoi sommes-nous si peu charitables ?...... au lieu de suivre vos divins cnseignements, nous passons notre vie à nous entredétruire les uns les autres...” Et le vieillard, roulant ces noires pensées, pleurai}.......….. Cette fois, c'était une pluie d'orage tombant sur ses mains jointes... Ces larmes abondantes rassénérèrent l’âme troublée du noble vieillard. C’est ainsi que le champ desséché reverdit après l'orage ou à la suite des abondantes rosées venant du ciel, par la grâce du bon Dieu... ;

Peu à peu, succombant à la lassitude physique et morale, l'excellent homme s'endormit

Lorsqu'il s’éveilla il était près de midi à sa montre. Le vieillard se sentit rafraîchi par ce court sommeil et, notons le, derechef, par les larmes abondantes qu'il avait versées, soupape de sûreté pour l'âme remplie d’angoisses, de même qu'elles le sont, disent les médecins, physiquement, lors d'un grand ébranlement nerveux.

Du reste, ‘“* bienheureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés,” paroles sublimes et toujours vraies !

Le noble vieillard était le père adoptif de Julie, et Dieu sait que les ângoisses qui l’étreignaient pour sa fille bien-aimée, n’étaient pas moindres que celles qu'il aurait éprouvées, si notre héroîne eût été sa fille propre, tant son âme était d'élite. ù

Le Grand-Vicaire en s’éveillant ne pouvait se lasser d'aspirer à-pleins poumons l’air parfumé et vivifiant de ces beaux bois, dont cinquante acres

‘ont depuis été obtenus gratuitement par, l’auteur de ces lignes pour la bâ:

tisse d’un collège, qui, soit dit en passant, au lieu de faillir, aurait prospéré si on en eût fait un collège commercial et non classique ; cinquante acres pour les Bonnes Sœurs de l'Hôpital, et douze acres pour un cimetière protestant, autant de services rendus dont l’auteur, notons-le, fut payé d'ingratitude...….

Le Grand-Vicaire continua son chemin à pas lents dans la superbé allée du chemin de la comtesse, couverte d’un tapis velouté produit par les soies tombées des pins, passa l’endroit où se trouve aujourd’hui le cimetière protestant, et gagna à travers le bois le chemin de ligne qui le conduisit au presbytère, où il arriva vers la demie de midi :—le dîner l’atten-

ah Le jeune docteur se proposait de retourner à Berthier aussitôt après. |

Le curé, à table, rendit compte en peu de mots de l’emploi de son

avant-midi, n’omettant rien, si ce n’est son angoisse ; l’état de Julieétant : .

rassurant, il employa l’après-midi à la correspondance, et porta lui-même à l'hôtel du père G...….. vers les cinq heures, sa longue réponse à son collègue d'estime de la famille.

Après le départ du curé de la maison du meurtrier du mari de Julie, cette bête fauve, poussée par l'instinct de la conservation, réalisa vite la situation, d’auta:.. mieux que la rencontre qu'il avait faite le matin de son charretier de*** n'était pas chose rassurante. Il se drogua à sa manière, ce qui eut pour effet de le calmer quelque peu, se rendit à la cuisine où se trouvait sa vieille ménagère.

A la vue de la figure tourmentée de son maitre, le cœur de la bonne femme battit à rompre sa faible poitrine, et elle fut littéralement torturée : par un sentiment d’effroi indescriptible Son maître la regarda à peine, mais lui dit d'aller, de suite, chez le père Charlot, charretier, et de lui ordonner de venir sans aucun retard avec son meilleur attelage. C'était très pressé, dit-il. Ayant vu sortir le curé neu d'instants auparavant, la vieille comprit que c'était pour un malade, et elle se hâta én conséquence, bien que fort perplexe.

Le misérable s’empressa de faire sa malle, emportant le plus nécessaire dans la plus petite de ses valises ; il mit dans ses poches tout l'argent qui lui restait dans la maison, entre autres £50 des économies que sa ménagère lui avait confées, et il attendit, nerveusement, tout en continuant de se droguer, surtout de morphine, dont depuis le meurtre il absorbait d'énormes quantités.

Le charretier Charlot ne so fit point attendre, mais la vieille resta à jaser ; son maître lui ayant dit qu’il ne diînerait pas; elle avait le temps, et du reste la vue de son maître lui faisait mal...

Dès l’arrivée du père Charlot, le misérable sauta dans la valèche, tenant sa petite valise à côté, le père Charlot s'assit devant.

—Partez vite, dit l’assassin ; c’est un cas pressé, chemin de St-Ours.…. Ce qui fut dit fut fait, et en moins d’une heure les quatre lieues entré Sorel et St-Ours furent franchies, les Charlot étaient de maîtres charretiers de père en fils...

On se rendit à l'auberge du père M... où l'assassin commanda une autre voiture en hâte, avec ordre de venir le quérir chez le Dr#%%* où il se rendait, Ce dernier le reçut, et comme il était fort myope, il ne s’aperçut pas de la physionomie troublée de son collègue. Celui-ci demanda de quoi écrire, ce qu'il fit durant cinq minutes. Puis sans aucune précaution oratoire, il narra gravement l’histoire de son crime épouvantable. Le bon Dr D... crut vraiment que la tête de son collègue avait chaviré, mais

la voiture arrivant, ce dernier remit le papier au Dr##%* dit: Adieu.…, ne UN et sauta dans la voiture qui partit bon train sur le chemin de St-Denis.

Ce jour même avait lien à St-Charles la grande assemblée des patriotes des six comtés, et le Dr D... avait au moment de l’arrivée de son collègue, fait ses préparatifs pour s’y rendre, en sorte qu'il donna ordre à son domestique d’atteler sans dire un seul mot à qui que ce soit de l'étrange aventure qui l'avait abasourdi. À

Il jeta un regard distrait sur les écritures de son confrère, déposa ces

feuillets dans son coffre-fort, et il partit pour le rendez-vous patriotique... : Ê

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. Blanchard, député de St-Hyacinthe ; Côme fartier, de St-Antoine ; le

délicieux ; elles étaient couvertes d'inscriptions plus ou moins révolution-

: ments ont été constitués pour protéger et sauvegarder ces droits; queleur autorié légitime ne repose que sur la volonté et le consentement du peu- -

À son arrivée à St-Charlés, l'honorable Louis-Joseph Papineau, orateur de la chambre d’assemblée du Canada, adressait la parole aux délé- : gués des comtés de Richelieu, de St-Hyacinthe, de Rouville, de Chambly, de Verchères et de l'Acadie, le 28 octobre 1887.

Sur l’estrade, élevée dans une prairie dépendant de Ja ferme du docteur François Chicou-Duvert, on remarquait assis, le docteur Wolfred Nelson, président de l’assemblée, et à sa droite aussi assis, le major Joseph Toussaint Drolet, de St-Marc, député du comté de Verchères, et le docteur Duvert,—tous deux vice.présidents de l'assemblée. Ensuits venaient l'honorable Louis Lacoste, député de Longueuil (père de sir Alexandre Lacoste, juge en chef de la cour d’appel) ; puis Messieurs Louis Michel Viger, député du comté de Chambly, (le beau Viger); Boucher-Belleville, secrétaire de l'assemblée : Edouard Rodier, député du comté de l’ Assomption ; le docteur Duchesnoïis, de Varennes ; Rodolphe Desrivières, président des ‘ Fils de la Liberté ” ; P. Amiot, député de Verchères ; Louis

docteur Allard, de Belæil ; et le fougueux docteur O’Callaghar rédacteur en chef du journal anglais, The Vindicator.

Au pied de l’estrade se déroulait une foule que les historiens de l’époque évaluent à huit mille personnes, venues des comtés composant la “Confédération des six comtés, ” pour entendre le grand orateur Papineau.

Un grand nombre de bannières flottaient au vent, il faisuit un temps

naires dont voici les plus anodines : ‘“ Vive Papineau et le système électif !”? ‘ Honneur à ceux qui ont renvoyé leurs commissions et qui ont été destitués ! ‘* Honte à leurs successeurs !”” ‘ Nos amis du Haut-Canada !” ‘ Honneur aux braves Canadiens de 181, !” ‘“ Le Days atteud encore leurs secours.” ‘ Indépendance.” Le conseil législatif était représenté par une tête de mort sur des os en croix.

Après le discours de M. Papineau, MM. Nelson, Viger, Lacoste. Ed. Rodier, le docteur Côté, T. S. Brown et Girod adressèrent aussi l'immense assemblée. tres

Ensuite on proposa à la ‘* Confédération des six Comtés ” d'adopter les résolutions suivantes, rappellant quelque feu les grands jours de la révolution française.

Un vent de révolte‘avait passé dans nos campagnes. Cette révolte était plutôt une protestation qu’un soulèvement sérieux.

Ce délirant patriotisme avait gagné jusqu’au vénérable curé de St- Charles, le révérend abbé Blanchet, qui mourut évêque de Nesqualy. Il assistait à cette assemblée. , “ere

La première résolution fut présentée par le docteur Wolfred Nelson, sppogee par le docteur Davignon de Ste Marie :—

ésolu.—-Qu'imitant en cela l’exempie que nous ont donné nos ancèétres et les héros de 1776,nous considérons les vérités suivantes comme évidentes par elles-mêmes, et nous les affirmons comme nos devanciers :— Que tous les hommes ont été créés égaux ; Que le Créateur a accordé à

- chacun certains droits inaliénables, au nombre desquels se trouvent le :

droit de vie, de libérté et la recherche du bonheur ; que les gouverne-

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