‹ Drames françaisChapitre 130 sur 137 · LE MENDIANT · texte numérisé non relu

LE MENDIANT

Moi? rien : Pauvre Kabyle, Je ne tends point la main ; mais de ma voix débile, A défaut du fusil qui chante sous vos doigts, Je réveille l'écho... les cœurs aussi parfois.

l'émir Chante.

LE MENDIANT (i)

« Quelle voix pareille à l'orage Rugit là-bas? C'est le canon.

Dieu nous dit : Va! qui dira Non?

Viens, Kabyle; allons à l'ouvrage!

Voilà le Koumi qui descend, Qui descend dans ta Kabylie :

Si tu n'as point l'âme avilie, A l'étranger qui t'humilie, Fais payer le tribut du sang.

« Leur tambour bat, leur clairon sonne. Mais sous eux tremblent leurs genoux...

— Quel est ce chef au blanc burnous ? C'est Abd-el-Kader en personne.

(i) Musique de M. J. Paître.

3î4 DRAMES FRANÇAIS

Sa main prend la nôtre en passant; Il dit : Amis, c'est jour de fête :

Au nom d'Allah, par le prophète ! . . . Des monts l'aube rougit le faite ; La plaine va rougir de sang.

« Le soir quand la fête est finie, Bien des braves, au sol vermeil S'endorment de leur grand sommeil ; Mais jusque dans leur agonie, J'entends encor leur mâle accent, Voix qui monte, râle qui tombe.

Vous qui vivez, sur notre tombe :

Offrez demain votre hécatombe, Femmes, des pleurs : hommes, du sang ! »

l'émir Ton chant est fait de poudre : bruit et flamme ■ Va, sème en nos douars ces mots qui blessent l'âme ; Chante.

[Aux Français.) Et vous, au revoir.

(// sort avec le Cheik.)

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