LE MENDIANT
Moi? rien : Pauvre Kabyle, Je ne tends point la main ; mais de ma voix débile, A défaut du fusil qui chante sous vos doigts, Je réveille l'écho... les cœurs aussi parfois.
l'émir Chante.
LE MENDIANT (i)
« Quelle voix pareille à l'orage Rugit là-bas? C'est le canon.
Dieu nous dit : Va! qui dira Non?
Viens, Kabyle; allons à l'ouvrage!
Voilà le Koumi qui descend, Qui descend dans ta Kabylie :
Si tu n'as point l'âme avilie, A l'étranger qui t'humilie, Fais payer le tribut du sang.
« Leur tambour bat, leur clairon sonne. Mais sous eux tremblent leurs genoux...
— Quel est ce chef au blanc burnous ? C'est Abd-el-Kader en personne.
(i) Musique de M. J. Paître.
3î4 DRAMES FRANÇAIS
Sa main prend la nôtre en passant; Il dit : Amis, c'est jour de fête :
Au nom d'Allah, par le prophète ! . . . Des monts l'aube rougit le faite ; La plaine va rougir de sang.
« Le soir quand la fête est finie, Bien des braves, au sol vermeil S'endorment de leur grand sommeil ; Mais jusque dans leur agonie, J'entends encor leur mâle accent, Voix qui monte, râle qui tombe.
Vous qui vivez, sur notre tombe :
Offrez demain votre hécatombe, Femmes, des pleurs : hommes, du sang ! »
l'émir Ton chant est fait de poudre : bruit et flamme ■ Va, sème en nos douars ces mots qui blessent l'âme ; Chante.
[Aux Français.) Et vous, au revoir.
(// sort avec le Cheik.)