LE CAPITAINE, LES DEUX SOLDATS, LE ZOUAVE LE KABYLE
le capitaine, au Kabyle.
Laisse-nous, mendiant.
LE KABYLE
Ne crains rien. Ma chanson n'est qu'un expédient, Un passe-port qu'il faut montrer pour qu'on m'accueille. Je suis Français de cœur.
LE CAPITAINE
Comment?
le kabyle, tendant une feuille.
Lis cette feuille.
LE CAPITAINE, Usant.
La Moricière!
le zouave, vivement.
Il vient?
PREMIER SOLDAT
Sauvés !
LE KABYLE
Sauvés ! non pas.
Le Colonel vous cherche ; il viendra sur mes pas ; Il m'attend. Tout est prêt pour votre délivrance. Lisez.
LE CAPITAINE, Usant.
« Chers camarades,
« J'envoie dans toutes les directions. Sitôt vos traces « découvertes, nous volerons à votre secours, coûte que « coûte.
« Bon courage, bon espoir. Comptez sur moi.
« Vive la France I « Colonel de la Moricière. »
PREMIER SOLDAT
C'est le salut.
LE zouave Oh ! oui : vive la France !
le capitaine, au Kabyle.
Va.
LE ZOUAVE
Cours.
PREMIER soldat Sont-ils loin?
LE KABYLE
Oui. Quatre heures de chemin.
PREMIER SOLDAT
Quatre heures !
LE KABYLE
Mais ce soir, au plus tard, ou demain... le capitaine, remettant au Kabyle un billet et sa
bourse, puis sa croix.
Au colonel, ceci. Pour toi, cela. — J'oublie ; Ma croix...
(Un temps.) Et si je meurs, ami, je t'en supplie, Cette croix à ma mère, et qu'on lui dise bien Que je meurs pour ma foi, pour la France, en chrétien. (Le Kabyle s'éloigne rapidement à gauche.)